Brême, entre subtilité et discrétion

Dépasser les préjugés s’avère nécessaire pour partir à la découverte de Brême. Derrière son austérité apparente se cachent des trésors insoupçonnés.

L’Allemagne du Nord ne constitue pas, a priori, l’une des destinations privilégiées pour s’offrir quelques jours d’évasion. Brême (Basse Saxe) ne fait pas exception à cette règle. Et pourtant, cette ville d’un demi-million d’habitants au Nord-Ouest du pays mérite que l’on s’y attarde.

Elle bénéficie en effet de tous les atouts pour offrir un séjour riche et diversifié, chaque sensibilité étant en mesure d’y trouver son bonheur. Culture, architecture, histoire, gastronomie… la ville se révèle surprenante à chaque coin de rue.

Qu’il déambule à travers les artères brêmoises en compagnie d’un guide pour découvrir les subtilités de la cité, ou seul en suivant les « clous » plantés dans le sol pour baliser les chemins touristiques, le visiteur s’offre une promenade agréable.

Difficile de savoir par où commencer pour évoquer la ville. Le meilleur moyen est peut-être de souligner ses atouts culinaires. La cuisine du Nord de l’Allemagne est originale et inattendue, mais l’histoire maritime de Brême fait que les cartes des restaurants aiment à proposer toutes sortes de poissons, ainsi que des plats dérivés des préparations destinées aux marins partant pour de longues campagnes de pêche.

Pour arroser le tout, la ville est évidemment tournée vers la bière, puisque c’est à Brême qu’est née la marque Beck’s, très présente localement.

C’est aussi dans cette ville qu’a été « inventé » le café décaféiné ou encore le principe des céréales du petit-déjeuner.

Mais la ville s’enorgueillit surtout de proposer l’une des plus importantes cartes de vins du pays. C’est au coeur du « Ratskeller », célèbre restaurant, que le client peut choisir parmi 650 cépages allemands (assez inégaux) sur une carte de 70 pages. La cave de l’établissement date de 1409 et a même reçu le prix Gault et Millau en 2002.

Un peu plus loin, la rue des Tonneliers (Böttcherstrasse) vient ainsi rappeler le passé viticole de la ville. Si elle n’abrite plus aujourd’hui que des magasins d’art, de souvenirs et des restaurants, cette artère rénovée dans les années 20 reste incontournable, notamment pour son carillon offrant un spectacle mécanique toutes les heures.

Les amateurs de mariage entre le vin et les douceurs goûteront aussi au chocolat, autre spécialité locale. Celle-ci est d’ailleurs largement mise à l’honneur au sein de « l’Universum », une sorte de cité des sciences, où l’on découvre tout le processus de transformation du cacao jusqu’à sa forme définitive.

L’Universum est aussi l’un des passages obligés de la ville. Derrière ce bâtiment futuriste les visiteurs ont la possibilité de jouer aux petits scientifiques. Depuis son ouverture en 2000, ce site propose de découvrir, par le biais de mises en scène ludiques, toutes les subtilités scientifiques. Parcours, bornes interactives, appareils de simulation et installations vidéo invitent le visiteur à participer à diverses expériences sur la terre et le cosmos.

Ce lieu pédagogique a permis au Land de Brême de recevoir le titre de « Ville des sciences » en 2005, une dénomination qui se marie parfaitement avec le pôle « espace » d’EADS, installé à deux pas de l’aéroport. C’est en effet sur ce site que l’entreprise travaille sur le module Columbus, contribution européenne à la station spatiale internationale ISS.

Plusieurs milliers de personnes oeuvrent à la réussite du programme, dans le plus grand secret.

Toutefois, Brême ne regarde pas uniquement vers l’avenir. La métropole allemande est également fière vers son passé. Toute la ville vient rappeler la richesse historique de cette cité hanséatique (membre de la ligue de la Hanse, une alliance marchande de la mer Baltique au moyen âge) vieille de 1500 ans.

LE SOUVENIR DE CHARLEMAGNE

Une visite de Brême passe obligatoirement par le « Schnoor », plus ancien quartier de la ville. Ici les petites boutiques de bijoutiers et les restaurants occupent des bâtisses datant des XVe et XVIe siècles.

Les vieilles portes et vieilles façades donnent un charme incontestable aux lieux, avec quelques petites surprises pour les touristes qui prennent le temps de s’y attarder. C’est ainsi que le Schnoor propose le plus petit hôtel du monde (une seule chambre), lequel est quasiment voisin de la plus petite maison du vieux quartier, avec ses 41m2 où vivent… trois générations d’une même famille !

Dans ces ruelles étroites et pavées, l’une d’elles ne permet pas de faire des folies dans les restaurants, puisqu’elle n’est large que de 45 centimètres.

Le passé de la ville est également omniprésent au cœur même de la cité. De la Cathédrale à l’Hôtel de Ville, en passant par le bâtiment de la Chambre de Commerce et les vieilles demeures qui lui font face, Brême démontre qu’elle fut l’une des villes d’Allemagne les plus prospères grâce à la pêche et au commerce.

La mairie, « Rathaus », est certainement l’un des lieux les plus impressionnants. Construite entre 1405 et 1410, de style Renaissance de la Weser (nom du fleuve qui traverse la ville), elle possède de nombreuses particularités, comme celle d’accueillir chaque année depuis 1545 le repas des capitaines, armateurs et commerçants pour marquer le début de la campagne de pêche. Exclusivement réservé aux hommes, il fait l’objet d’un cérémonial millimétré.

Le passé maritime est d’ailleurs clairement revendiqué avec d’impressionnantes maquettes de bateaux suspendues au-dessus des tables destinées à accueillir les convives. Et en haut de l’escalier qui mène au premier étage, une mâchoire de baleine vient impressionner les visiteurs.

Juste devant le Rathaus, trônant au milieu de la place du marché, le « Roland » tourne son regard vers l’église. Cette statue de plus de 10 mètres, réalisée en 1404, est la plus grande réplique

au monde du paladin de Charlemagne. Protecteur et emblème de la ville, Roland vient rappeler qu’au VIIIe siècle Charlemagne poussa la Christianisation jusqu’en Allemagne. Sur cette statue, Roland, porte Durendart, l’épée de justice et un bouclier orné d’un aigle impérial en symbole de l’émancipation des Brêmois face à l’évêque.

Autre symbole de la ville, les fameux musiciens de Brême : un âne, un chien, un chat et un coq. Immortalisés par les frères Grimm dans un conte fameux, les animaux font la fierté des Brêmois (ndlr : cette histoire fera l’objet d’une chronique ultérieure). Une statue les représentant juchés les uns sur les autres (réalisée par Gerhard Marcks et érigée en 1951), se trouve à l’angle de l’Hôtel de Ville. Il est de coutume pour les visiteurs de tenir les pattes de l’âne, de fermer les yeux et de réaliser un voeu…

Face à la statue de Roland, la Cathédrale Saint-Pierre s’élève de manière impressionnante, à l’est de la place du marché. Elle comprend des sculptures représentant Charlemagne, Moïse, David, Saint-Pierre et Saint-Paul.

Réalisée en bois en 787, elle fut détruite par un incendie, avant d’être reconstruite. Les travaux commencèrent en style Roman avant de se terminer en Gothique.

Si les Catholiques ont occupé les lieux durant plusieurs siècles, la réforme luthérienne transforma la Cathédrale en lieu de culte protestant. Aujourd’hui les deux confessions cohabitent, avec une particularité côté catholique, puisque chaque semaine des offices sont célébrés dans toutes les langues. Les orthodoxes ont aussi droit à un «créneau».

Célèbre pour ses orgues, la Cathédrale l’est aussi pour ses fonds baptismaux dans l’une des cryptes. Hors du temps, l’année de leur réalisation n’a pu être établie.

L’ensemble architectural de ce lieu de culte, du Rathaus et du Roland, a été classé, en 2004, sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Le visiteur souhaitant quitter le centre ville pour rejoindre les bords de la Weser possède plusieurs options. Depuis le marché aux fleurs, il lui est possible d’emprunter l’ancienne « rue des porcs », piétonne et rebaptisée en 1974 (mais toujours ornée d’une statue en bronze de berger entouré de nombreux animaux, dont ces fameux cochons), pour rejoindre le dernier moulin de la ville, qui en comptait huit autrefois. Devenu restaurant, le « Mülhe am Wall » veille sur le fleuve et accompagne les pas du flâneur jusqu’à la gare.

Classée monument historique grâce à sa façade de 1890, cette dernière a été étonnamment préservée par les bombardements de 1944 qui détruisirent la ville à 60%. La raison est des plus simples, puisqu’elle vient d’une petite astuce des Brêmois : le toit de la gare avait été recouvert d’herbe synthétique, afin de leurrer les pilotes alliés survolant la ville. Le bâtiment n’a donc jamais subi la pluie des bombes, contrairement au port, détruit à 95%.

De la gare, la promenade peut se poursuivre jusqu’au superbe Park Hotel, au Sud (où est d’ailleurs installée la représentation consulaire française), seul hôtel cinq étoiles de la ville, ou jusqu’à l’«Uebersee museum» (le musée de l’Outre Mer) sur le parvis de la gare. Ce musée propose une promenade originale à travers les époques et les cultures sur les cinq continents, regroupant une foule d’objets, de répliques, de statues, de squelettes, venus du monde entier.

L’Uebersee museum est complété par plusieurs autres musées, comme la « Kunsthalle », une galerie d’art qui constitue l’un des plus importants musées privés du pays.

Quant au « New Weserburg Museeum », il abrite une collection d’art contemporain unique. Ce sont en fait onze collections européennes et mondiales réparties sur 6 000m2, le tout agrémenté par le plus grand studio bibliothèque d’Allemagne.

Une fois ces visites terminées, pourquoi ne pas emprunter les moyens de transport écologiques proposés par une ville où la voiture n’est pas reine ? Avec d’innombrables lignes de tramways et plus de 1000 kilomètres de pistes cyclables, Brême est à la pointe en matière de circulations douces.

Une petite promenade en « tram » permet ainsi de rejoindre le bord de la Weser, pour se glisser sur les terrasses des nombreux restaurants, ou encore pour flâner dans les marchés aux puces en observant les bateaux.

Un séjour brêmois constitue donc une véritable garantie contre l’ennui. Ainsi qu’une source culturelle quasiment intarissable.

Stéphane Cugnier

Pour plus de renseignements (office de tourisme) : www.bremen-tourism.de/francais/

Autres liens : www.bremen.de ou www.boettcherstrasse.de

Article également publié dans OISE HEBDO, le 19 mars 2008

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s