Düsseldorf ou l’art de vivre…

Düsseldorf cultive sa différence. Ici le rythme du travail est secondaire. La population aime à prendre son temps en regardant filer le Rhin, en trinquant aux plaisirs de la vie ou en se perdant dans les musées qui jalonnent la ville.

Fieffée ensorceleuse. La ville de Düsseldorf cache bien son jeu. Qu’il sorte de l’aéroport ou de la gare centrale (Hauptbahnhof), le visiteur ne s’attend guère à découvrir monts et merveilles. L’image de la rigueur allemande à la vie dure. De fait, au premier abord, il est aisé de se sentir oppressé par les bâtiments bétonnés, aux angles droits, froids et aux murs gris.

Toutefois, cette première impression est vite balayée. La circulation incessante des vélos, les passages discrets des tramways, les discussions animées autour des bancs, les joggeurs et promeneurs dans les parcs verdoyants, dévoilent une cité grouillante et vibrante dans laquelle on ne peut s’empêcher de plonger goulûment.

Ville de 600 000 habitants (bâtie entre les XIe et le XIIe siècles), proche de Cologne, Bochum, Duisbourg ou Mönchengladbach, Düsseldorf est la capitale du land de Rhénanie-du-Nord Westphalie. Un rôle régional de premier plan qui ne se traduit pas à l’échelle du pays. Neuvième ville en terme de population (malgré une agglomération de 9 millions d’habitants), Düsseldorf reste en retrait, ce qui lui permet d’affirmer une identité décalée et de ne pas être soumise aux enjeux économiques.

La ville présente d’ailleurs la particularité de ne plus avoir de dettes depuis une demi-douzaine d’années et d’entamer de vastes chantiers de modernisation et de rénovation. Une politique qui se traduit dans tous les domaines, notamment culturel avec une enveloppe de 110 millions d’euros accordée chaque année aux musées et projets culturels.

L’architecture constitue la partie la plus visible de ces efforts. Les bâtiments modernes, parfois même avant-gardistes, côtoient les plus anciens. Ce mariage – harmonieux – saute aux yeux à proximité du port de plaisance, à l’endroit même où le Rhin absorbe la Düssel (rivière ayant donné son nom à la ville).

Dans le quartier de « Neuer Zollhof » se tenait auparavant l’ancien port industriel. Devenu obsolète, il s’est transformé (en conservant certains repères historiques) pour devenir un quartier résidentiel très prisé. Qu’ils soient en verre, en brique rouge, en acier poli ou blanc immaculé, les immeubles sésuident par leur audace. Les entreprises et lieux publics jouent pleinement le jeu de l’innovation, offrant aux visiteurs des perspectives et des constructions totalement irréelles.

Il suffit de se rapprocher des rives du Rhin pour revenir à plus de sagesse. En longeant le fleuve, avec pour point de mire la tour de télévision (Rheinturm) culminant à 234 mètres, on se rapproche peu à peu de la vieille ville (Altstadt). Les longues allées bordées de bancs et lampadaires sont occupées de jour comme de nuit par les habitants, pour flâner, lire, discuter ou simplement se détendre.

La découverte de la ville se fait à pied, pour prendre le temps de découvrir les ruelles et vieilles pierres. Les édifices historiques sont nombreux, mais le visiteur est attiré par les rues commerçantes. Bars et restaurants, où l’on déguste l’Altbier (bière locale), grouillent de clients à toute heure du jour et de la nuit. Dans ces artères, le respect est de mise, comme en témoigne la propreté des sols et des murs.

Plus loin, la « Königsallee » constitue le lieu de passage obligé de tous les amoureux du lèche-vitrine. Bijoutiers, boutiques de mode ou d’électronique s’y trouvent. Si Paris est la ville de la haute-couture, Düsseldorf est connue dans le monde entier pour son prêt-à-porter chic. Les bonnes affaires y sont garanties…

En dépit de l’intérêt des parcs et autres rêveries à travers la ville, Düsseldorf dévoile son véritable esprit dans la qualité de ses musées. Friands de culture, les habitants se pressent dans les galeries et guettent la moindre nouveauté en matière d’exposition.

Un appétit artistique notamment porté par son école des Beaux-Arts, la Kunstakademie. Dans cet institut, nombre d’artistes rénommés y ont enseigné ou fait leurs gammes : Paul Klee, Nam June Paik, Joseph Beuys, Andreas Gursky, Candida Höfer, Thomas Ruff ou les musiciens de Kraftwerk.

L’Histoire explique aussi cet engouement. Féru d’art, Johann Wilhelm II, duc de Palatine (dont la statue trône devant la mairie) épousa au XVIIIe siècle Anna Maria Luisa de Medicis, aussi passionnée que lui. A eux deux, ils posèrent les bases de la réputation artistique de Düsseldorf et collectionnèrent nombre d’oeuvres qui revinrent ensuite à la ville.

Aujourd’hui, à l’image de l’architecture, les artistes oscillent entre classicisme et innovation. Les conservateurs de musées ou directeurs de galeries sont à l’affût des nouvelles pépites d’art contemporain ou des expositions itinérantes. Le Kunsthalle, le Kuntsverein, le Goethe Museum, les différents bâtiments (moderne et classique, reliés par une navette gratuite) du Kunstsammlung ou l’extraordinaire Kunstpalast, rivalisent ainsi d’oeuvres incroyables. Le plus avant-gardiste étant certainement le Kunst im Tunnel, espace confiné situé entre deux tunnels autoroutiers, mais transformé par les élèves de la Kunstakademie.

Berlin a beau être le centre d’attention en matière d’art, Düsseldorf cultive sa richesse en balayant tout le spectre de la création. Une cinquantaine de musées en tous genres occupent la ville. Sans compter les galeries privées.

Pour digérer ces explosions visuelles et ce tsunami artistique, le visiteur n’a d’autre choix que de revenir sur ses pas pour terminer sa visite par le Rathaus (mairie). Une bâtisse majestueuse faisant face à une vaste place pavée qui se révèle à la nuit tombée.

Derrière elle, se trouve l’ancien phare devenu musée maritime (Der Schlossturm) dominant lui-aussi une place bordée de cafés et brasseries, ouvrant la voie vers les ruelles, demeures historiques et canaux de l’Alstadt.

Pour terminer, un dîner au restaurant « Zum Schiffchen » s’impose. Fondé en 1628 et toujours en activité, il vit Napoléon s’y arrêter en 1811, d’où la présence d’un buste rendant encore hommage à l’empereur…

La richesse culturelle et économique (plus de 400 entreprises internationales sont installées) attire ainsi à Düsseldorf de nouveaux habitants venus du monde entier. La communauté anglophone compte 30 000 personnes, les Japonais sont plus de 7 000 et les Français plusieurs milliers également.

Une présence étrangère qui ne devrait pas diminuer, d’autant que la quadriennale artistique se profile en 2014…

Stéphane Cugnier

Pour en savoir plus : www.duesseldorf-tourismus.de

Les principaux musées : www.smkp.de (Kunstpalast), www.kunstsammlung.de, www.kunstverein-duesseldorf.de, www.kunsthalle-duesseldorf.de, www.kunst-im-tunnel.de, www.kaistrasse10.de

Restaurants : www.brauerei-zum-schiffchen.de, www.apollo-variete.com

Pour s’y rendre : www.thalys.com (3h15 de train depuis Paris gare du Nord jusqu’à Cologne, puis 30 minutes vers Düsseldorf).

Article similaire paru le 7 novembre 2012 dans « Paris Normandie »

http://www.paris-normandie.fr//article/seine-maritime/les-photos-monumentales-de-gursky

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