Flâner en musique à San Remo

Destination touristique depuis le XIXe siècle, San Remo fait pourtant figure de belle endormie. La faute au manque d’entretien de son patrimoine. Heureusement, les chansons font toujours vibrer la ville…

San Remo ne manque pas d’atouts. Devenue l’une des destinations favorites de l’aristocratie russe au milieu du XIXe siècle, la ville de Ligurie, située à une trentaine de kilomètres de la frontière française, est connue pour la beauté de sa côte, ses villas et châteaux, ses parcs, les ruelles étroites de la vieille ville ou encore son traditionnel corso fleuri chaque mois de janvier (San Remo constitue l’un des plus importants centre de commerce des fleurs d’Italie). Les sportifs ne manqueront pas non plus d’évoquer la célèbre classique cycliste Milan-San Remo.

Toutefois, ce haut lieu du tourisme a peu à peu négligé ce qui faisait sa réputation. Au fil des décennies, des constructions peu harmonieuses sont venues défigurer l’ensemble architectural, tandis que des façades décrépies s’y affichent ici et là. Une circulation automobile infernale vient « couronner » le tout.

Certes, la ville s’illustre encore par ses curiosités, à l’image du Château Devachan, du monument Santo Stefano contenant d’inestimables œuvres religieuses, ou encore de la magnifique église russe orthodoxe, mais les carences de San Remo sont criantes, même si cette dernière tente aujourd’hui de se réinventer pour attirer à nouveau les touristes.

Le véritable attrait de la ville se situe en réalité dans son patrimoine immatériel. Depuis plus de soixante ans, la cité accueille en effet le festival de la chanson italienne (« Festival della canzone italiana di Sanremo« ). Un événement incontournable pour la population transalpine, laquelle plébiscite ce rendez-vous au détriment du concours de l’Eurovision (par ailleurs créé en 1956 et inspiré de l’épreuve italienne). Au fil des ans, le festival a ainsi révélé des artistes tels que Adriano Celentano, Toto Cutugno, Al Bano & Robina Power, Eros Ramazotti, Laura Pausini ou encore Andrea Bocelli.

Lancé en 1951, le festival se déroule durant une semaine en février au théâtre Ariston. Les phases finales constituent un rendez-vous télévisuel qui attire régulièrement plus de 10 millions de téléspectateurs. L’événement multiplie les records d’audience et fait office de rampe de lancement pour les « tubes » transalpins qui s’attaquent ensuite au marché musical européen.

Nombre de titres ont conquis le grand public à cette occasion : « Sarà perché ti amo » de Ricchi & Poveri en 1981, « Felicità » de Al Bano & Romina Power en 1982, « L’italiano » de Toto Cutugno en 1983, « Una storia importante » de Eros Ramazzotti (1985), mais aussi « La solitudine » de Laura Pausini en 1993. D’autres chansons furent reprises et adaptées en France, notamment par Richard Anthony, tandis que le « King » Elvis Presley faisait de même aux Etats Unis.

Preuve de l’importance de ce rendez-vous dans la carrière d’un artiste, le chanteur Luigi Tenco se suicida dans sa chambre d’hôtel en 1967 après avoir échoué à se qualifier pour la finale du concours. Ironie du sort, sa chanson valut ensuite un succès à Dalida… sa compagne de l’époque.

Le festival de San Remo doit aussi sa réputation à l’un des présentateurs les plus célèbres de l’histoire de la télévision italienne : Mike Bongiorno. Ce dernier, d’origine américaine, présenta le rendez-vous à onze reprises à partir de 1963. L’intéressé popularisa l’événement comme aucun animateur ne put le faire après lui. Décédé en 2009, l’homme possède d’ailleurs sa statue au cœur de la ville, à l’entrée du corso Giacomo Matteotti, une longue artère piétonne au bout de laquelle se trouve également le théâtre Ariston. Entre ces deux points, la rue est jalonnée au sol de plaques de bronze sur lesquelles sont inscrits les noms des artistes et des chansons ayant été couronnés lors du festival de San Remo. Une sorte de « Walk of Fame » version transalpine, soulignant l’histoire et la vivacité de la chanson italienne.

Pour les amateurs du genre et les nostalgiques des tubes d’autrefois, une promenade sur le corso Giacomo Matteotti constitue à elle seule une bonne raison de découvrir San Remo, et ensuite de s’intéresser au reste de la ville…

Stéphane Cugnier

Pour se rendre à San Remo depuis la France : Emprunter l’autoroute A8 en France, puis l’A10 en Italie (direction Gênes).

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