Guernesey, terre de légendes

L’île de Guernesey ne manque pas d’attraits en dépit de son petit territoire. Culture, nature et surtout légendes fascinent très vite les visiteurs…

A moins de 40 kilomètres des côtes françaises, l’île de Guernesey, située dans la baie de Saint-Malo, semble cultiver ses liens avec l’Hexagone tout en prenant soin de garder ses distances. Si cette proximité se retrouve dans les noms de rues, de maisons ou de plages, toujours mentionnés en français, il n’en reste pas moins que l’île est un Etat indépendant membre du Commonwealth et par conséquent protectorat britannique.

Autre subtilité, sur cette terre de 78 km2 et 70000 habitants la législation s’inspire toujours largement de la « Coutume Normande », obligeant même les juristes se destinant à la profession d’avocat ou d’avocat-conseil à compléter un cycle d’étude en droit normand à l’université de Caen et obtenir un Certificat d’études juridiques françaises et normandes avant de pouvoir s’inscrire au barreau de Guernesey. En dépit de cette histoire commune avec la France, l’île évolue aujourd’hui dans une sphère politique différente en ayant pris soin de ne pas accéder à la Communauté européenne.

Guernesey est donc une île à deux visages. Un état de fait que l’on retrouve dans les croyances de la population. En quête de modernité et de croissance comme le démontrent les sièges sociaux des banques et instituts financiers dans la capitale Saint-Peter Port, l’Etat cultive également son passé et ses légendes. Ainsi le vieux patois normand y est encore pratiqué, tandis que les fées et sorcières bénéficient d’une place à part dans l’imaginaire des Guernesiais.

Il suffit pour s’en convaincre d’écouter ces derniers raconter avec fierté que leur habitation est hantée ! Victor Hugo lui-même se faisait une fierté, lors de son exil sur l’île, d’avoir acquis sa maison après avoir reçu l’assurance qu’elle était « habitée ». Et lorsque ce ne sont pas les fantômes qui traînent entre les murs, ce sont les sorcières qui s’installent ici et là. En se promenant sur l’île, il n’est pas rare d’apercevoir des maisons traditionnelles en granit ornées d’une pierre saillante (appelée « corbeau »), conçue spécialement pour que les sorcières puissent s’y reposer.

Au Nord de l’île, la Catioroc, promontoire entre les baies Eree et Perelle, est aussi un haut-lieu de sorcellerie. Selon la légende, les magiciens et sorcières s’y retrouvaient chaque vendredi pour « le sabbat des sorciers ». Même chose aux Eturs, à Castle Cornet, et à Saint Pierre du Bois. Cette omniprésence finit par agacer le Pape Innocent VIII qui décida en 1484 que les habitants coupables de telles pratiques devaient être brûlés vifs au sommet de Tower Hill à Saint Peter Port. De 1560 à 1640, 44 personnes ont été brûlées et 35 ont été bannies.

Les fées ne sont pas en reste. D’après les habitants, les hommes de Guernesey sont plus petits que la moyenne en raison du sang de fées qui coule dans leurs veines ! Ce qui les aurait rendus polis, travailleurs et serviables !

A Saint-Pierre du Bois, les touristes peuvent même découvrir le « Creux es Faies », un site néolithique connu pour être l’entrée du monde des fées. Une centaine de mètres plus à l’Ouest, à Torteval, un cercle de pierres datant du xVIIIe siècle permet de réaliser ses vœux si l’on en fait trois le tour en dansant pour plaire aux fées.

Certaines fées ont toutefois mauvaise réputation. Accusées durant plusieurs siècles de voler les femmes de l’île, elles furent à l’origine de nombreux cauchemars enfantins. Les familles décidèrent même de construire des niches dans les murs de leur maison pour y installer des statuettes de fées, destinées à chasser celles qui avaient de mauvaises intentions.

Fort heureusement, certaines fées locales, les Pouques, ont quant à elle pour souhait de vivre dans les cottages de l’île, afin d’aider les familles à se nourrir et à assumer les tâches ménagères lorsque les humains dorment.

Les traces de ses légendes sont nombreuses en tous points de l’île. Et si les amateurs du genre en veulent encore plus, les vestiges des dolmens et menhirs apportent un complément aux histoires locales. A Port Bordeaux la tombe à galerie du Déhus présente une mystérieuse figure humaine gravée dans le roc, représentant un chasseur muni d’un arc et de flèches, est surnommée le « Gardien du Tombeau ».

Autres lieux d’intérêt, les Vardes présentent le plus grand tombeau mégalithique de Guernesey, à l’Ancresse. Par ailleurs, le tumulus néolithique des Fouaillages  date de 4500 avant J.-C. Il s’agit du seul de ce type dans toute l’Europe occidentale. Plus de 35 000 vestiges archéologiques y ont même été déterrés : silex, ornements, outils et poterie.

Enfin, à l’Ouest de l’île, le Dolmen du Trépied présente une chambre composée de douze piliers supportant trois pierres de couverture, dont certaines de plus de 5 mètres. D’après les comptes rendus de procès de sorcières au XVIIE siècle, il constituait un lieu de rendez-vous pour les sabbats du vendredi soir. Le Diable, déguisé en chat ou en chèvre noire, y trônait sur le dolmen tandis que ses disciples, poussant des hurlements à sa gloire, dansaient autour de lui.

Pour les amateurs de croyances plus traditionnelles, une visite de l’île passera obligatoirement par la petite paroisse de Saint Andrew’s. Au début du XXe siècle, le Frère Deodat se mit en effet en tête de créer un modèle en miniature de la grotte et de la basilique de Lourdes, en France. Par deux fois il détruisit son œuvre, avant de la reconstruire – plus grande à partir de mars 1914 -, afin de la faire consacrer par les autorités religieuses. Le prêtre finit par atteindre à son but. Cette réplique, réalisée en morceaux de vaisselle cassée et de coquillages, se dresse désormais aux côtés d’un collège.

Ile chargée d’histoire, Guernesey a en outre bien d’autres choses à offrir, notamment les nombreux vestiges de l’occupation allemande de loin en loin tout au long de la côte, de nombreux circuits de randonnées, des parcs et jardins (notamment le sublime parc de Saumarez, à Castel, ou encore Candie Park à St Peter Port), la découverte de l’impressionnant Castle Cornet en entrée de port, et bien évidemment la maison de Victor Hugo et ses ingénieuses décorations. Celle-ci, baptisée Hauteville House et située au cœur de la capitale, mérite que l’on s’y attarde pour découvrir le génie pratique de l’écrivain qui dessina lui-même les plans de son habitation. Son cabinet de travail, son labo photo et sa « chambre mortuaire » démontrent le foisonnement de son esprit. Propriété de la Ville de Paris depuis 1927, cette maison est entretenue en respectant l’esprit de l’auteur des Misérables.

Une fois ces visites terminées, un repos est nécessaire. Les visiteurs ne manqueront donc pas de tester la bière locale, baptisée « Patois », ainsi que quelques tartines permettant de goûter au fameux beurre de Guernesey, célébré sur toute l’île, au même titre que la race bovine qui en est à l’origine.

L’île permet enfin d’apprécier l’honnêteté de ses habitants, grâce à la présence de « Heg Veg », à chaque coin de rue. Dans ces boîtes situées au bord de la route, chacun dépose la production de son jardin (bois, légumes, fruits, œufs, fleurs…) avec une simple pancarte indiquant le prix. Quiconque souhaite acheter laisse alors le prix du produit dans une caisse (appelée « Honesty Box »). Personne ne contrôle et chacun s’en remet à son prochain. Une belle leçon…

Stéphane Cugnier

(Photos Stéphane Cugnier et Chris George)

Infos pratiques

Pour se rendre à Guernesey, la compagnie aérienne « Blue Islands » propose des vols au départ de Paris-Roissy. Il est toutefois moins coûteux de se rendre en train jusqu’à Saint-Malo, puis de prendre un bateau de « Condor Ferries » (tarif : 43,90€ par adulte). Renseignements : www.condorferries.fr (Condor propose également des séjours clé en main).

Le coût de la vie sur place est sensiblement supérieur à celui de la France et les paiements s’effectuent en Livre de Guernesey (1£ = 1,14€).

Pour en savoir plus sur les restaurants, lieux d’intérêts et offres d’hébergement : www.visitguernsey.com Tous les types d’hébergement sont disponibles sur l’île. Quant aux restaurants, la qualité du poisson et des fruits de mer sont appréciables. Les amateurs de plats rustiques ne manqueront pas de goûter le « bean jar », une sorte de cassoulet. Parmi les bonnes adresses : Restaurant « The Auberge » à St Martin’s http://theauberge.gg/ ; « Mint Brasserie » à St Saviour’s ; « Les Douvres » à St Martin’s http://www.lesdouvreshotel.co.uk/

 

Article également paru dans le quotidien PARIS NORMANDIE le 21 août 2013

Article similaire paru dans COULEUR MAG le 22 mai 2013

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