Jersey, au-delà des apparences

Derrière sa capitale moderne et souvent dénuée de charme, l’île de Jersey préserve son authenticité grâce à sa côte sauvage et ses terres rurales.

Que l’on débarque en ferry ou en avion, l’arrivée sur l’île de Jersey constitue un choc. Toutes les idées reçues sur cette terre isolée sont rapidement balayée par la vision d’un aéroport moderne et celle d’une capitale, St Helier, où l’urbanisme massif et moderne masque peu à peu les bâtiments traditionnels…

Sur cette île de 116 km2 et 100 000 habitants, un tiers de la population réside dans la capitale et plus des deux tiers y travaillent. Une situation incitant l’Etat et les entreprises à bâtir toujours plus, afin d’affirmer la position de centre économique de ce petit rocher indépendant de la communauté européenne.

Afin de découvrir la véritable âme de l’île, il convient donc de s’échapper de ce tumulte pour aller se perdre sur les routes jersiaises. L’exercice n’est pourtant pas aisé, pour peu que l’on fasse le choix de conduire soi-même. Outre le fait de devoir circuler à gauche, l’étroitesse des routes et le manque de visibilité à chaque croisement rend l’exercice stressant et périlleux.

Une fois la peur maîtrisée, le tour de l’île peut débuter, si possible en direction de l’Est. Pour les amoureux de jardins à l’anglaise, la première étape se fait à Samarès Manor. Dans cette grande demeure bourgeoise acquise au début du XXe siècle par James Knott, ce dernier y développa un jardin extraordinaire. Plantes rares venues du monde entier, jardin potager, jardin d’agrément… tout est fait pour voyager et se dépayser. Lieu de promenade des locaux (moyennant une adhésion annuelle), il permet également d’acquérir toutes sortes de graines, boutures et épices.

Suite à cette visite, la route côtière permet d’apprécier les nombreux vestiges de l’occupation allemande, très dure lors de la Seconde Guerre mondiale. Nombre de circuits spécifiques dévoilent d’ailleurs les blockhaus, tunnels, batteries anti-aériennes. A ce tourisme militaire, il est toutefois préférable de privilégier d’autres lieux historiques, tel que le château de Mont Orgueil, dans le joli village de Gorey. Cette bâtisse construite au XIIIe siècle pour défendre l’île se dresse toujours avec fierté.

Débute ensuite la montée vers le Nord et la partie plus sauvage et paisible de l’île. Une ascension au sens propre du terme. Du Nord au Sud, Jersey est en effet en pente, permettant de passer des longues et interminables plages (surtout à marée basse) aux falaises les plus abruptes et criques spectaculaires.

Un arrêt entre St Catherine’s Bay et Fliquet Bay s’impose alors, pour tenter de rencontrer Simon Smith, alias « The Sand Wizard » (objet d’une prochaine chronique). Cet artiste des sables passe sa vie à réaliser les œuvres éphémères les plus spectaculaires, ce qui lui vaut une réputation internationale.

Quelques kilomètres plus loin, Rozel Bay, sur la paroisse de St Martin, offre sa quiétude et ses paysages spectaculaires. Le site est surtout connu pour l’un des plus beaux hôtels de l’île, le Château La Chaire, mais aussi pour un cabanon de restauration rapide situé au milieu des bateaux en cale sèche, « The Hungry Man ». Véritable institution, cette modeste échoppe offre une nourriture maison à base de produits frais, dont les Jersiais se régalent tout au long de l’année. Un passage y est obligatoire…

Dans le même style, après une circulation sur les plus jolies routes de l’île, une autre escale est nécessaire à Bouley Bay pour découvrir une Irlandaise haut en couleurs, « Mad Mary ». L’intéressée y tient un café du même nom face à la mer. Prendre un en-cas sur place et écouter ses folles histoires constituent certainement l’un des meilleurs moments du séjour. Par temps clair, Bouley Bay offre par ailleurs la possibilité d’apercevoir les côtes françaises…

En reprenant la route vers l’Ouest de l’île, les pâturages dévoilent les fameuses vaches jersiaises, fierté des locaux. Sur ces artères étroites aux inscriptions françaises, les petits villages se succèdent avec leurs maisons en granit et leurs cimetières spectaculaires, parfois un brin inquiétants. Passées les paroisses de Trinity et St John, l’arrivée à St Mary permet de s’offrir deux visites sympathiques. La première est celle de « La Mare Wine estate ». Comme son nom l’indique, cette propriété propose une production de vins et de spécialités locales aptes à ravir les gastronomes français les plus exigeants.

Moins d’un kilomètre plus loin se dresse la charmante habitation d’une passionnée de plantes et jardins. « Judith Quérée Gardens » est l’œuvre de trente années de travail d’un couple passionné de botanique et de nature. Ici, tout a été effectué par les propriétaires. De la maison aux plantations, les aménagements constituent un savant mariage entre l’empreinte humaine et la liberté des animaux. Devenu le sanctuaire de chouettes, renards, oiseaux et insectes, le site offre en outre un jardin extraordinaire. Ne pas s’y arrêter et écouter la genèse de ce travail racontée par la propriétaire serait une erreur.

Ces découvertes peuvent ensuite être suivies d’une promenade bucolique entre la Grève de Lecq, Piémont Bay, Grosnez Point et le début des plages de la côte Est au niveau de la paroisse de St Ouen. Dans cette partie de l’île, les sentiers de randonnée, les pistes cyclables et les paysages vous laissent apprécier les dernières parties sauvages et battues par les vents, avant de redescendre vers le Sud et ses zones plus urbanisées, moins typiques.

Ce demi-tour de Jersey par ses côtes Nord offre certainement le meilleur de l’île. D’autres sites historiques ou plus touristiques se dressent au cœur des terres ou sur la partie Nord entre St Brelade et St Helier, mais le souffle authentique s’y fait de plus en plus rare.

Pour apprécier le charme jersiais, rien de tel par conséquent que de se dresser au milieu des genêts, face à la mer battant les falaises, ou d’écouter les habitants dispenser leur philosophie de vie : goût des plaisirs simples, respect de la nature, des éléments et des traditions…

Stéphane Cugnier

Le saviez-vous ?

– La monnaie de l’île est la livre sterling, bien que Jersey possède ses propres pièces et billets.

– La langue de l’île est l’anglais, bien que les langues de Jersey aient aussi inclus le latin, le breton, l’anglo-normand et récemment l’anglo-normand de Jersey. Appelé le Jerriais, il s’agit d’un mélange de langue nordique et de normand, unique moyen de langage pour environ 2000 personnes sur l’île ! Quant au français (langue officielle jusqu’aux années 60), il est toujours utilisé par la cour et les professions légales.

– En plus de sa police officielle, Jersey dispose également d’une police bénévole. Celle-ci a été instaurée à l’époque des Normands. Elle est officiellement reconnue et bénéficie de pouvoirs importants.

– Les spécialités culinaires de l’île sont souvent des dérivés de produits laitiers, les vaches locales faisant la fierté des habitants. Attention cependant, la spécialité de l’île est le « beurre noir », lequel n’a rien à voir avec les laitages. Il s’agit en fait d’un mélange de cidre, de pommes et d’épices. Parmi les autres spécialités traditionnelles, on trouve le « Bean Crok », sorte de cassoulet avec pois et pieds de cochon, la « Conger Soup », les « Boudelots », ou encore les « Mervelles » et « Jersey Wonders », sortes de beignets sucrés. Ne manquez pas non plus de goûter les diverses bières locales provenant de la marque « Liberation », également nommée « Brasserie Victor Hugo ».

Infos pratiques

Pour se rendre à Jersey, plusieurs moyens de transport peuvent être envisagés. Des ferries sont ainsi disponibles depuis la Normandie, au départ de Granville, Carteret ou la Dielette, grâce à la compagnie « Manche Iles ». Renseignements : www.manche-iles-express.com (compter entre 36 et 47£ par adulte en fonction de l’option choisie).

Il est également possible de partir de  Saint-Malo, avec « Condor Ferries » (tarif : 43,90€ par adulte). Renseignements : www.condorferries.fr (Condor propose également des séjours clé en main).

La compagnie aérienne « Blue Islands » propose des vols au départ de Paris-Roissy (compter environ 400€ pour l’aller-retour) . http://www.blueislands.com/

Pour en savoir plus sur les restaurants, lieux d’intérêts et offres d’hébergement : www.jersey.com Tous les types d’hébergement sont disponibles sur l’île. A noter qu’il faut compter une heure de décalage horaire entre la France et Jersey.

Article également paru dans le quotidien PARIS NORMANDIE le 21 août 2013

Article similaire paru dans COULEUR MAG le 10 juin 2013

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4 commentaires

    1. Vous avez raison, le déplacement vaut la peine !
      Et si vous vous décidez à y aller, n’hésitez pas aussi à profiter des charmes de l’île voisine de Guernesey et de sa dépendance Herm, dont les chroniques sont disponibles sur ce blog.
      Merci de votre visite sur « Globe Blog » !

  1. Tout ce qui est dit ici est ULTRA VRAI, je m’en suis inspiré pour aller faire le tour de l’ile et il ne faut pas hésiter à sortir des sentiers pour aller voir par exemple Mister Hungry, qui a su se mettre au milieu d’un endroit fabuleux). vous découvrez tout le tour de l’ile en UNE journée (sans visite de sites bien entendu) et vous permettant de faire des petits crochets à droite et à gauche pour découvrir à chaque fois un paysage plus joli que le précédent… (faites le tour d’est en ouest, c’est vraiment ce qu’il faut faire car, selon moi, cela va crescendo)

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