L’écosystème des Everglades menacé par les pythons

La vie sauvage des Everglades et du Sud de la Floride serait sur le point de disparaître, selon un rapport réalisé par un groupe d’universitaires américains. En cause, les pythons géants relâchés par leurs propriétaires.

L’écosystème du Sud de la Floride est-il en péril ? Si l’on en croit le rapport publié début février 2011 (et actualisé chaque année depuis cette date) par une douzaine de scientifiques américains, la réponse est positive. Et selon les auteurs de l’étude en question, la responsabilité en incombe à la prolifération des pythons, estimés à plus de 100 000 !

«Un grand nombre d’espèces que l’on trouvait autrefois dans les Everglades semble avoir disparu», souligne Michael Dorcas, professeur au Davidson College et rédacteur du rapport. «Dans les zones où les pythons ont proliféré, nous avons observé qu’entre 2003 et 2011, le nombre de ratons laveurs a chuté de 99,3%, les opossums de 98%, les daims de 94% et les lynx de 87%. Et ce n’est pas le pire, puisque nous ne trouvons plus de lapins ni de renards.»

Cette étude, commandée par l’Académie des Sciences, est le premier véritable document établissant l’impact des reptiles sur l’écosystème des 610 000 hectares du parc des Everglades.  «Il y a encore vingt ans, vous ne pouviez pas rouler plus de 10 mètres sans voir un lapin se cacher dans les fourrés. Et les ratons laveurs étaient si nombreux que les campeurs s’en plaignaient. Or aujourd’hui, il se passe des mois sans que l’on n’en aperçoive. Et la dernière plainte émise par un campeur à ce sujet date de 2005.»

Au début des années 90, les précédents rapports faisaient pourtant état d’une vie sauvage importante et très étendue dans les Everglades. Les mammifères y pullulaient. «C’est à ce moment-là que la mode des reptiles comme animaux de compagnie battait son plein. Lorsque les propriétaires ont commencé à se rendre compte du danger lié à ces animaux – comme l’ont prouvé les quatre cas dramatiques d’étouffement d’enfants par des pythons «domestiques» -, beaucoup s’en sont débarrassé dans la nature.»

Les conditions climatiques et environnementales, idéales pour ces pythons d’environ 4 mètres, ont alors permis aux serpents de s’adapter : «La corrélation entre leur développement et la disparition de la vie sauvage est évidente.» Sans compter le fait que lors des tempêtes de 2005 et 2008, nombre de reptiles sont parvenus à s’échapper des domiciles des particuliers.

Selon les scientifiques, le problème semble d’autant plus sérieux que la rapidité de reproduction des lapins devrait les mettre à l’abri d’une extinction. Or il n’en est rien : «S’ils ont été éliminés aussi rapidement et aussi durement, cela démontre à quel point les pythons se sont développés dans la région», estime Herbert Bronstadtus, biologiste spécialiste des constrictors. «En apparence, les Everglades sont toujours les mêmes, mais les créatures qui faisaient sa richesse écologique ne sont plus là.»

La prolifération des pythons touche aussi les autres prédateurs. Avec la réduction des proies, les ours, alligators et panthères de Floride commencent à souffrir.  «Prenons l’exemple du rat musqué qui est l’une des proies principales. Et bien cet animal n’est plus visible nulle part. Le seul endroit où nous le trouvons encore, c’est dans l’estomac des pythons !»

Jusqu’à présent, rien n’est parvenu à stopper l’avancée des reptiles. Certes, Ken Salazar, secrétaire d’Etat à l’intérieur, a signé début 2012 une interdiction d’importer des pythons birmans et de trois autres serpents, mais cela ne règle en rien le problème actuel, comme l’indiquent les associations écologistes : «Cette loi n’a aucune portée. Cela revient à enfermer un monstre dans une pièce et à en fermer la porte : plus personne ne peut entrer, mais ceux qui sont à l’intérieur sont toujours en danger…»

Plusieurs solutions sont cependant à l’étude, comme une prime sur la capture des reptiles, mais les scientifiques se lamentent en indiquant que le temps n’est plus à la réflexion «mais à l’action, avant qu’il ne soit trop tard, d’autant qu’une extension du problème aux îles voisines, et notamment Cuba, est à craindre».

Pire encore, les dernières prises de reptiles en Floride ont révélé des spécimens de plus en plus gros. Pour preuve, cette femelle python birman de 5,70 m et de plus de 58 kg a été capturée début février 2014 (en photo). Il s’agit du plus gros spécimen jamais attrapé par les équipes du « South Florida Water Management District », qui luttent depuis plusieurs années contre l’invasion de cette espèce. Le précédent record, établi moins de six mois auparavant, concernait un mâle de 5,20 m  et de 64 kg.

Stéphane Cugnier

L’étude sur les pythons peut être consultée sur le site internet suivant :

http://www.pnas.org/content/109/7/2418.full.pdf+html?sid=2c1a00cf-ef62-425c-949f-93ed4f608c01

Article également publié dans l’édition du soir de « OUEST FRANCE » le 24 mars 2014

Article également publié par le quotidien « FRANCE ANTILLES » le 31 mai 2012

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