Cathédrale de Canterbury, un témoin de l’Histoire

Centre de la communion anglicane, la Cathédrale de Canterbury illumine le comté du Kent, mais rythme aussi la vie politique depuis un millénaire.

L’édifice est majestueux et trône comme un joyau au cœur de la séduisante cité de Canterbury. La Cathédrale ne peut être ignorée. De par la finesse de son architecture et l’importance de son rôle dans la vie publique de l’Angleterre, elle constitue un repère pour tous les sujets de la couronne. De fait, l’archevêque de Canterbury n’est autre que le gouverneur suprême de l’Eglise d’Angleterre et son importance dépasse de loin celle de son homologue de Londres.

S’il fait office de référence pour les fidèles, le passé de l’Archevêché n’en est pas moins troublé. Au centre de tous les enjeux politiques, la Cathédrale, et par extension son abbaye, fut le théâtre de tous les événements majeurs de l’histoire du pays.

Tout commence en 597 avec l’envoi, sur ces terres dominées durant 400 ans par les troupes romaines, du moine bénédictin Augustin par le pape Grégoire. Premier archevêque de Canterbury, Augustin fait bâtir une petite cathédrale saxonne au milieu de l’ancienne voie romaine. Au fil des siècles, de nouvelles constructions la renforcent et l’agrandissent, jusqu’à l’établissement d’un monastère au Xe siècle.

Mais en 1066, ce développement paisible connaît un coup d’arrêt. Venu de Normandie, Guillaume le Conquérant remporte la bataille d’Hastings à quelques kilomètres. Couronné roi d’Angleterre, il fait alors venir le moine Lanfranc, prieur de l’abbaye du Bec Hellouin (Eure), pour occuper la charge d’archevêque. Dès lors Lanfranc sera son plus fidèle soutien et affirmera la puissance de l’Eglise. Une affirmation qui passe notamment par la reconstruction de la Cathédrale, tombée en ruines à la suite d’un incendie en 1067.

Rebâtie en pierres de Caen venues par bateaux entiers de Normandie, la Cathédrale devient le symbole de l’influence spirituelle de la couronne. Lanfranc est bientôt remplacé par Anselme, auparavant abbé du Bec Hellouin, lequel fait agrandir le chœur de l’édifice, puis la crypte. Preuve de son importance, l’archevêque devient par ailleurs trésorier du roi, notamment chargé de la collecte de l’impôt.

Désormais centre intellectuel du pays, la Cathédrale est peu à peu vue comme une menace par le palais royal. Cette tension atteint son paroxysme en 1170. Jugé trop soucieux des pauvres et peu enclin à faire fructifier le trésor du roi, quatre chevaliers d’Henri II assassinent l’archevêque Thomas Beckett au sein même de l’édifice, dans le transept (ndlr : une stèle en forme d’épées rougies marque le lieu du crime). Face à la grogne du peuple, le roi fait amende honorable. Vêtu en simple pèlerin, il effectue à genoux un parcours de rédemption jusqu’à la tombe de Beckett. Près de celle-ci, au fil des mois, des miracles se produisent, assurant la réputation et les revenus de l’abbaye (Beckett fut canonisé quelques années plus tard).

Un nouvel incendie en 1174 entraîne une reconstruction en style gothique, avec une magnificence jamais vue. L’âge d’or débute et ne prendra fin qu’au début du XVIe siècle lorsque le roi Henri VIII fait main basse sur les trésors et détruit les reliques de Beckett. Le souverain ne s’arrête pas là. A l’origine de la Réforme, suite à son conflit avec le Pape, il s’appuie sur l’aura de Canterbury pour faire évoluer les pratiques religieuses du pays, menant à la naissance de l’Eglise Anglicane, forte de 80 millions de fidèles de nos jours.

Parallèlement, les constructions se poursuivent au sein de la Cathédrale : nef, tours, absides, cloître, enrichissent les lieux, toujours suivant le style normand, selon la volonté initiale de Lanfranc. Au milieu du XVIe siècle, une petite église est ajoutée, afin d’accueillir un culte en langue française, pour les Huguenots ayant fui la répression en France. Cette tradition se poursuit aujourd’hui. Les derniers travaux intervinrent en 1830, avec le remplacement de la tour nord-ouest, démolie un siècle plus tôt.

Actuellement, l’heure est plutôt à la sauvegarde de cet édifice, avec un projet de levée de fonds pour obtenir 50 millions de livres sterling, afin d’entretenir les lieux et de lui permettre de conserver son lustre.

Quant aux événements politiques, les plus récents, la Cathédrale fut le théâtre, dans la salle du chapitre, de la signature d’un accord historique, en février 1986, par Margaret Thatcher et François Mitterrand, concernant la construction du tunnel sous la Manche.

Par ailleurs, il est prévu que la Cathédrale accueille, dans les prochains mois, le Pape François, lequel avait invité à Rome, en juin dernier, Justin Welby, le nouvel archevêque de Canterbury.

Autant lieu de culte que de tourisme, la Cathédrale est un lieu à ne pas manquer lorsque l’on prend le temps de s’arrêter dans le Kent. Une visite détaillée, riche en anecdotes liant l’Angleterre à la France et la Normandie, s’impose pour en saisir la subtilité historique, au-delà de l’aspect religieux.

Quant aux richesses artistiques, elles sont immenses, à commencer par les beautés architecturales, ou par la qualité des vitraux. Avant la Réforme, presque toutes les fenêtres étaient en effet composées de vitraux colorés réalisés en Normandie, Bourgogne ou Suisse. Mais les Puritains, aux premières heures de leur mouvement, en détruisirent beaucoup, de même que de superbes fresques, mais Canterbury dispose encore de la plus importante collection de vitraux médiévaux de tout le pays. Les plus anciens vitraux au monde se situent sur le côté occidental. Régulièrement, de nouvelles créations viennent enrichir cette collection.

Autres curiosités de la Cathédrale, celle-ci accueille la tombe d’Edouard, fils aîné du roi Edouard III. Héros de la guerre de cent ans, ayant débarqué avec fracas en Normandie en 1346, il était appelé à monter sur le trône, mais mourut avant son père. Craignant son courage et sa rage durant les batailles, les troupes françaises le surnommèrent le « Prince Noir ». Il demanda à être inhumé dans la crypte, mais son rang était tel que l’on décida de placer sa tombe à proximité du sanctuaire de Thomas. Le roi Henri IV, et son épouse, Jeanne de Navarre, sont en outre les seuls monarques anglais à être inhumés à Canterbury, leur tombe fait face à celle du Prince Noir.

La Cathédrale constitue par conséquent une étape incontournable, que ce soit pour réviser son Histoire ou pour profiter de la beauté des lieux…

Stéphane Cugnier

Informations pratiques

Comment s’y rendre : La compagnie P&O Ferries propose une vingtaine de traversées quotidiennes entre Calais et Douvres. Durée du trajet : 90 minutes. Tarif à partir de 14€ pour les piétons et de 22€ pour une famille et un véhicule. Deux nouveaux navires, aux standards de qualité et de confort plus élevés, sont venus rejoindre la flotte de la compagnie ces deux dernières années, le « Spirit of France » et « Spirit of Britain » pour un coût total de 360 millions €. Renseignements : www.poferries.com

Décalage horaire : -1h

Formalités : Membre de la communauté européenne, une simple carte d’identité est nécessaire pour prendre l’avion ou le ferry.

Monnaie : Livre Sterling. Possibilité de payer dans certains magasins en euro, mais la monnaie est rendue en livres.

Prix d’entrée de la Cathédrale de Canterbury : 9,5 livres.

Bon à savoir : Les prises électriques sont différentes en Angleterre. Penser à se munir d’un adaptateur.

Se renseigner : Toutes les informations sur les restaurants, sites à visiter et lieux d’hébergement peuvent être obtenues auprès de l’office de tourisme : http://www.visitbritain.com et www.visitkent.co.uk

Article également publié dans « PARIS NORMANDIE » le 4 janvier 2014 et « l’ECHO REPUBLICAIN » le 22 décembre 2013

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2 commentaires

  1. Très jolies vues (enfin pas celle de le stèle Thomas Becket…). Cela donne bien envie d’aller visiter cette ville!

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