Les félins d’Amérique dans la tourmente

De l’Alaska au Texas et de la Floride à la Californie, les Etats Unis bénéficient d’une variété de fauves exceptionnelle. Mais en dépit des efforts de conservation, certains sont en déclin voire même totalement éteints.

Publiée en mars 2011 par l’U.S. Fish and Wildlife Service, l’information est passée quasiment inaperçue. La nouvelle était pourtant désolante, puisqu’elle confirmait l’extinction du puma de l’Est américain, également appelé cougar aux Etats-Unis. L’animal avait été placé sur la liste des espèces menacées depuis 1973, mais certainement trop tard puisque sa disparition était suspectée depuis les années 1930 époque depuis laquelle il n’avait plus été aperçu.

« Il est vrai que de nombreuses personnes disent avoir vu des cougars dans la nature ces dernières décennies », avait souligné à l’époque Martin Miller, responsable de la région Nord-Est du département des espèces en danger. « Mais nous ne pensons pas que ces félins soient des cougars de l’est américain et nous n’avons trouvé aucune information qui confirmerait son existence. Les pumas sauvages observés par les différents témoins appartenaient à d’autres sous-espèces, souvent sud-américaines, qui étaient en captivité et se seraient échappées ou auraient été relâchées dans la nature. D’autres appartenaient à des sous-espèces de l’Ouest américain et auraient migré à l’Est et dans le Midwest, notamment dans les Etats du Michigan et du Missouri ». De fait, le cougar ne figure plus sur la liste rouge, mais désormais sur la liste noire…

Cette disparition pourrait malheureusement être suivie par celle d’une autre sous-espèce de félins : la panthère de Floride. Présente sur la liste des espèces menacées depuis 1967 mais interdite de chasse depuis 1958, sa situation ne s’améliore pas en dépit des efforts de conservation et des sanctuaires créés dans l’Etat, grâce notamment à l’action du groupe de sauvegarde de la Panthère de Floride (« The Florida Panther Recovery Team »), fondé en 1976.

Alors que cette panthère bénéficiait dans le passé d’un habitat qui s’étendait au Sud-Est du pays, elle occupe désormais moins de 5% de ce même territoire, principalement autour du marais de Big Cypress. La faute à une urbanisation galopante, mais aussi à la présence d’espèces invasives comme le python birman qui chasse et détruit les proies habituelles des panthères.

« La population se limite donc à environ 120-160 animaux dans le sud-ouest de la Floride. Des chiffres qui ne cessent de baisser », selon les services américains de la pêche et de la faune. « L’État de Floride fait pourtant de gros efforts pour sauver les panthères : élevage en captivité, préservation du gibier, reproduction difficile, etc. Néanmoins, la nouvelle classification permet d’envisager une reproduction de préservation par croisement avec d’autres anciennes sous-espèces moins menacées de cougars d’Amérique du Nord, et de parvenir, par sélection, à retrouver les caractères de la Panthère de Floride, avec l’aide d’élevages ou parcs naturels d’autres États. »

Une politique de sauvegarde qui ressemble parfois à des méthodes d’apprentis-sorciers, mais qui constitue pour l’heure le seul espoir de conserver cette sous-espèce de félins, laquelle semblait en très mauvaise santé lors de la vaste étude menée en 1995, qui avait souligné les problèmes de consanguinité.

Reste maintenant à résoudre la question des automobilistes, environ cinq panthères par an étant tuées sur les routes de la Floride.

Du côté des autres félidés, la situation est heureusement moins alarmante. Entre l’Alaska au Nord et le Texas au Sud, ainsi que dans la majeure partie de l’Ouest américain, la conservation et la protection des espèces constitue une priorité. Favorisée par la présence des grands parcs (Yellowstone, Yosemite, Joshua Tree, Bryce Canyon, Rocheuses, etc.) et des mouvements écologistes, les populations de Jaguar (Arizona et Nouveau-Mexique), Ocelot (Texas), Lynx (Alaska, Minnesota, Wisconsin) et Lynx roux (Middlewest) sont ainsi stables et parfois même en sensible augmentation.

Preuve de la vigueur des félins de la côte Ouest, les Lions des montagnes – autrement appelés Puma ou Cougar – tentent même de reconquérir les zones urbanisées auxquelles ils se sont adaptés. La preuve en est avec les nombreuses attaques recensées contre l’homme ou les animaux domestiques ces dernières décennies dans les collines de Los Angeles ou dans les San Bernardino Mountains. Plus d’une cinquantaine a ainsi été répertoriée par les autorités, dont un peu moins de la moitié se sont révélées mortelles.

Relativement calmes depuis la seconde moitié des années 2000, les pumas ont pourtant sévi par deux fois début 2014. En janvier, un pilote de VTT a ainsi échappé de justesse à l’un deux, avant que le 2 février un sans domicile fixe de 50 ans ne soit attaqué en pleine nuit dans son campement de fortune. Sévèrement mordu et griffé, traîné sur plusieurs mètres par l’animal qui tentait de l’éloigner de la route 74 près de laquelle il s’était installé, la victime n’a du son salut qu’à ses cris et aux coups portés dans les yeux de l’animal. « Il s’agit d’une attaque inhabituelle », a commenté le lieutenant Patrick Foy, du California Department of Fish and Game. « Les pumas hésitent généralement à s’approcher des zones routières et fuient l’odeur de l’homme. »

Pourtant, quelques jours plus tard à 90 kilomètres plus à l’Est de Los Angeles, c’était au tour d’un chien de près de 50 kilos d’être attaqué et tué dans la propriété d’une famille, et en présence de celle-ci !

Malgré ces faits isolés et cette témérité des félins, ceux-ci restent vulnérables. Massivement chassé et passé au bord de l’extinction à travers le pays, le Puma a finalement été protégé puis réintroduit dans l’Ouest américain au cours de la seconde moitié du XXe siècle. L’U.S. Fish and Wildlife Service estime sa population à près de 30 000 individus, surtout concentrée dans les montagnes Rocheuses. Sa prolifération reste cependant limitée, du fait de la réintroduction en parallèle du loup, autre animal autrefois chassé voire même persécuté. Ces deux grands prédateurs doivent par conséquent se partager les proies et le territoire, ce qui freine leur natalité et expansion.

Le Puma demeure ainsi l’espèce la plus menacée du continent Nord américain, alors même qu’il vivait en harmonie avec les populations indiennes jusqu’à la fin du XVIIe siècle…

Stéphane Cugnier

Plus de renseignements sur le travail du US Fish and Wildlife Service : http://www.fws.gov/

Article également publié dans l’édition du soir de « OUEST FRANCE » le 10 avril 2014

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