Les sites historiques américains menacés

De la disparition des îles hawaïennes aux inondations de la côte Est, en passant par les incendies en Californie, un rapport scientifique dévoile les risques liés aux changements climatiques.

Les réticences restent fortes aux Etats Unis lorsqu’il s’agit d’évoquer l’impact humain sur la dégradation de l’environnement. Afin d’éveiller les consciences des sceptiques et jouant sur la corde sensible de la fierté des Américains pour leur patrimoine, l’UCS (Union of Concerned Scientists) vient de publier un rapport de 80 pages établissant la liste des sites historiques et culturels menacés par la montée des eaux, ainsi que la multiplication et la fréquence de violents événements climatiques (ouragans, inondations, incendies).

Plusieurs cas sensibles sont ainsi étudiés à la loupe, à commencer par les plus emblématiques, à l’image de Jamestown (première installation britannique permanente sur le continent américain au XVIIe siècle) ou de la Statue de la Liberté. «La plupart des Etats présentent des sites importants dans notre Histoire », indique Adam Markham, directeur des changements climatiques pour UCS. « Dans cette étude, notre but est de montrer que ces sites ne sont pas éternels, si l’on ne prend pas soin de penser aux conséquences de nos actes. »

Jamestown (Virginie) en est le parfait exemple. Ces dernières années, les eaux autour de l’ancienne colonie y sont montées deux fois plus vite que la moyenne nationale, causant l’érosion des côtes et des infiltrations dans les sols de la presqu’île. Une situation causant des tracas aux archéologues, ces derniers craignant de voir disparaître de précieux vestiges. « Jamestown pourrait même être engloutie avant la fin du siècle », avertit Markham.

Des travaux de consolidation tentent d’être menés, mais la montée des eaux semble inéluctable. Il en va de même en Alaska où des fouilles préhistoriques destinées à dater et expliquer l’arrivée de la vie dans le « Nouveau Monde » sont à l’arrêt. Les chercheurs tentaient de démontrer que les « Indiens » de la région descendaient de Sibériens installés entre 26 000 et 18 000 avant JC, mais la plupart des sites destinés à être explorés sont abîmés. « Le permafrost qui préservait la zone a été victime du réchauffement et nous avons perdu les éléments qui auraient pu répondre à nos questions scientifiques », déplore Shelby Anderson du Département d’Anthropologie de l’université de Portland State.

Si le passé est menacé, le présent l’est encore plus. Nombre de villages situés au niveau de la mer, au premier rang desquels se trouve Kivalina (400 habitants), pourraient être rayés de la carte. Des travaux pharaoniques sont menés pour les préserver, par l’installation de digues artificielles à l’aide d’énormes rochers, ainsi que des milliers de tonnes de sacs de sable. Mais inlassablement l’érosion fait son oeuvre. Plusieurs cimetières de bord de mer ont même été engloutis.

Sur la côte Est, la ville de Boston (Massachussetts) est aussi sous la menace. Faneuil Hall, bâtiment historique construit en 1742 et situé sur le front de mer, est le premier exposé, de même que l’ensemble du quartier historique de Blackstone Block où est basé le plus ancien restaurant de la ville, l’Union Oyster House, ouvert en 1826. L’ouragan Sandy de 2012 a même démontré que le site se trouvait sur le chemin des inondations potentielles. Et si le pire fut évité alors, grâce à la marée basse, les architectes municipaux planchent sur une élévation du bâtiment afin de le préserver dans le futur.

Même souci à Annapolis (Maryland). Dans cette ville où se trouve la plus grande concentration d’immeubles coloniaux du XVIIIe siècle, la montée de l’océan constitue une angoisse permanente. Cité côtière qui servit de capitale avec la Révolution américaine et qui accueille 4 millions de visiteurs chaque année, elle pourrait disparaître en cas de forte tempête. En 2003, l’ouragan Isabel avait d’ailleurs causé 120 millions de dollars de dégâts, menaçant de détruire Dock Street le quartier historique. Depuis, les alertes sont de plus en plus fortes et fréquentes. Un plan de préservation a été mis en place pour faire face aux prochaines catastrophiques, mais du fait de leur âge, les bâtisses pourraient ne pas résister aux effets du réchauffement climatique.

Ailleurs, les risques sont à l’opposé. De l’Arizona au Colorado, en passant par la Californie et le Nouveau Mexique, l’absence de pluie fait apparaître le spectre d’incendies gigantesques. Cette sécheresse engendre chaque année la disparition de plusieurs milliers d’hectares de forêts. De fait, des trésors naturels comme le parc de Yosemite ou les pueblos troglodytes de Mesa Verde sont en danger.

L’éveil des consciences est en cours parmi la population américaine. Mais comme le souligne les auteurs du rapport, « le réveil n’interviendra vraiment que lorsqu’ils ne pourront plus profiter des plages de Floride ou que les îles d’Hawaï auront été englouties ».

Stéphane CUGNIER

Les sites historiques recensés par l’étude de l’UCS :

Alaska: les villages, parcs nationaux et sites archéologiques indiens de la côte Nord Ouest ; le Monument national du cap Krusenstern ; les villages de Shishmaref et Kivalina; le Bering Land Bridge National Preserve

Californie: Groveland Hotel à Groveland ; le Monument national Cesar Chavez à Keene ; Yosemite National Park

Californie, Floride, Virginie et Texas: les sites de la NASA

Colorado et Nouveau Mexico: le parc national de Mesa Verde National Park; le monument national de Bandelier ; le village archéologique de Santa Clara Pueblo

Floride: le State Park historique de St. Augustine ; les sites de Shell Mound Sites en Floride du Sud

Hawaii: le site national historique de Pu’uhonua o Hōnaunau et les parcs historiques de Koloko-Honokohau ; Hawaii’s Big Island

Maryland: ligne de train souterraine de Harriet Tubman State Park ; le centre ville historique d’Annapolis ; l’académie navale d’Annapolis

Massachusetts: Faneuil Hall et le district historique de Blackstone Block à Boston

Caroline du Sud: Le vieux et historique district de Charleston

Virginie: Jamestown, Fort Monroe

Les sites qui ont déjà été renforcés pour resister aux changements climatiques

New York: la Statue de la Liberté, Liberty Island et Ellis Island

Caroline du Nord : le phare de Cap Hatteras

Pour connaître les détails des travaux menés par les scientifiques :

http://www.ucsusa.org/global_warming/science_and_impacts/impacts/national-landmarks-at-risk-from-climate-change.html

Article également publié dans l’édition du soir du quotidien « OUEST FRANCE », le vendredi 13 juin 2014

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