Achetez-vous une ville du Dakota pour 400 000$

Aux Etats Unis, la désertification des zones rurales est à l’origine du développement d’un nouveau type de marché immobilier : celui des villes à vendre.

Crise bancaire, évolution des industries, concentration des sociétés agricoles, le paysage économique américain connaît depuis près de dix ans une profonde mutation. Conséquence, le marché immobilier, véritable marqueur de la santé du pays, est en plein bouleversement. Une ville comme Detroit (Michigan), autrefois prisée pour la qualité de ses services publics et ses débouchés professionnels, est désormais au bord de la faillite. La municipalité tente d’ailleurs de se débarrasser de plus de 35 000 habitations qu’elle ne peut plus entretenir, à des prix défiant toute concurrence : mise à prix, 14 000 dollars pour une maison de 3 chambres ! En revanche, à New York, San Francisco ou Los Angeles, l’immobilier devient fou. Un appartement d’une chambre (équivalent d’un F2) se négocie en moyenne à 470 000 dollars !

Au sein de ce marché bancal, certaines offres ont de quoi surprendre. Les agences proposent en effet d’acquérir des villes entières. La première à avoir attiré l’attention fut la petite cité de Buford (Wyoming), mise en vente en 2010 par son propriétaire et unique habitant. Proposée à 1 million de dollars, elle fut acquise en 2013 par un Vietnamien producteur de café, cherchant à pénétrer le marché américain.

Depuis, les annonces se multiplient. De Pray (Montana) à Toomsboro (Georgie), en passant par Palisade (Nevada), The Grove (Texas) ou Henry River Mill Village (Caroline du Nord), près de soixante villes ou hameau sont actuellement sur le marché, à des tarifs défiant toute concurrence. Ainsi, Monse (Etat de Washington) est proposée à 575 000 dollars, un prix comprenant 24 hectares de terres, sept maisons, un magasin, une école et une prison ! Rocky Bar (Idaho), ancienne cité minière, est encore moins chère, avec un prix de départ fixé à 250 000 dollars, pour 3,3 hectares de terres, un hôtel, une mine, une scierie, une piscine, une prison, ainsi que les droits d’exploitation forestiers et miniers.

Dernières villes apparues sur le marché au cours du mois de juin, Scenic et Swett se trouvent toutes deux dans le Dakota du Sud, à quelques encablures du Mont Rushmore et sont respectivement mises en vente à 799 000 et 399 000 dollars. Autrefois proposée à plus de 3 millions, Scenic et ses 18 hectares sont actuellement la propriété de Twila Merrill, une légende du rodéo américain. En raison d’une santé déclinante, l’intéressée tente de s’en séparer depuis une dizaine d’années. En vain. Revu à la baisse ces dernières semaines, le prix ne change rien à l’affaire, les acheteurs potentiels étant découragés par les hivers très rudes et l’impossibilité de creuser le sol gelé pour effectuer des aménagements.

Bien que confronté au même climat, le hameau de Swett (2,5 hectares, le long de la Highway 18) semble mieux loti. Situé dans une prairie s’étendant à perte de vue, il constitue un lieu réputé pour la chasse au faisan. Autre atout dans cette zone d’élevages et de fermes, il accueille le seul point d’eau à quinze kilomètres à la ronde. « Mais ce ne sont pas ses seuls avantages », insiste Stacie Montgomery, agent immobilier pour Coldwell Banker. « Il y a beaucoup de potentiel. Tout a débuté en 1932, lorsqu’un commerçant, qui a donné son nom à la ville, a ouvert un magasin d’alimentation et quincaillerie. Dans les années 1940, Swett comptait une quarantaine d’habitants et un bureau postal. » Mais en 1945, estimant que la population était trop faible, le gouvernement ferma cette poste, ce qui sonna le glas de son développement et le départ des habitants pour de plus grandes villes.

Lance Benson, un entrepreneur local itinérant, en fit l’acquisition pour une bouchée de pain en 1998, avant de la perdre lors de son divorce, puis de la récupérer en 2012 : « Je n’aime pas l’idée de m’en séparer, mais mon business m’y oblige », indique-t-il. « Si je n’ai pas d’acheteur, je trouverai peut-être un moyen de la garder et de l’inclure dans mes affaires. Mais si une personne avec un beau projet pour Swett se présente, je lui céderai. »

Le futur acquéreur se retrouvera ainsi propriétaire d’une maison de trois chambres, trois mobile-homes, un garage autrefois utilisé comme magasin de pneus, une taverne-restaurant-dancing ouverte tous les jours de 16h à 0h30 (le weekend de midi à 2h), avec salle privative, deux enclos à animaux et… un tracteur. « Il y a moyen de s’y faire une belle vie et de redonner une jeunesse à la ville », assure Benson.

Un argument utilisé par tous les vendeurs de petites villes à travers le pays, avec le secret espoir de repeupler les campagnes, en réalisant au passage une belle opération financière.

Stéphane CUGNIER

Article également publié dans l’édition du soir du quotidien « OUEST FRANCE », le vendredi 4 juillet 2014

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Un commentaire

  1. C’est une annonce très attractive : tout-en-un complet , maison , terrain , outils de ferme. C’est vrai que c’est avantageux surtout pour de gens qui veulent se lancer dans l’agriculture et l’élevage.

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