Las Vegas peut encore surprendre

Célébrée ou détestée, la capitale mondiale du jeu constitue la référence en matière d’innovation et de spectacle. Extravagance, soufre, argent et déchéance continue d’alimenter la chronique d’une ville en perpétuel mouvement.

Tout a certainement été dit sur « Sin City ». Ses paillettes ont été vantées, ses travers décriés et son côté obscur exposé. Quel que soit l’angle de vue choisi, Las Vegas fascine ou dégoûte, mais ne laisse personne indifférent. Peut-il en être autrement d’une ville bâtie sur la volatilité des jeux d’argent et sur les vices qui animent le genre humain ? Peut-il en être autrement d’une communauté urbaine de deux millions d’habitants, passée en un siècle d’une culture mormone au culte de la débauche, par le truchement de l’âge d’or de la mafia ?

De par son histoire et son développement, Vegas est schizophrène. Une terre de plaisirs qui vote majoritairement pour les conservateurs Républicains. Un territoire aride où l’eau coule à flots. Une population religieuse qui peut se marier en cinq minutes avec un(e) parfait(e) inconnu(e).

De telles contradictions ne freinent pourtant en rien l’évolution constante de la capitale mondiale du jeu. Depuis près d’un siècle, celle-ci séduit les rêveurs et les grands enfants, attirés par ce foisonnement de lumières, de musiques, de luxe et d’illusions. Au sein de ce gigantesque parc d’attractions pour adultes, on oublie vite le carton-pâte pour s’imaginer en millionnaire dispendieux ayant fait sauter les banques des casinos.

Cette culture du miroir aux alouettes s’est développée au début du XXe siècle. En 1906, le Golden Gate Hotel & Casino ouvrit ses portes et lança la mode des séjours de loisirs et de plaisirs. Lorsque la ville de Las Vegas fut officiellement créée en 1911, le phénomène prit encore plus d’ampleur, inspirant de nombreux commerçants autour de Fremont Street. Ce n’est toutefois qu’en 1931, avec la légalisation des jeux d’argent, que le coup d’envoi des « festivités » fut réellement donné.

Le centre ville commença à s’organiser pour attirer la clientèle masculine souhaitant s’encanailler. Prostitution, jeux et alcools, il n’en fallait pas plus pour éveiller la cupidité de la mafia venue de la côte Est. Celle-ci trouva à Vegas le moyen de blanchir l’argent gagné illégalement de l’autre côté du pays, afin d’obtenir encore plus de revenus sans être trop regardant sur les moyens d’y parvenir.

Durant trois décennies (1940-1970), les mafieux italiens et juifs se remplirent les poches, ouvrant tour à tour le Golden Nugget, le Flamingo, le Desert Inn, le Binion’s, le Sahara, etc. Proches de ces cercles, Frank Sinatra, Dean Martin, Sammy Davis Jr, Peter Lawford, membres du « rat pack », lancèrent au passage la mode des shows de célébrités en résidence.

Ironie du sort, bien que bâtie sur des fondations troubles, cette période de Vegas est aujourd’hui considérée comme la plus « classe », « raffinée » et organisée.

Un changement brutal intervient cependant au début des années 80. Plusieurs vastes coups de filets dans les milieux de la pègre sonnent le glas du business mafiosi, tandis que le capitalisme agressif prôné par Ronald Reagan s’exprime à plein dans le Nevada. Débute alors la période des complexes hôteliers surdimensionnés et tape à l’œil.

En 1989, le Mirage est le premier à lancer cette mode. Il est suivi par la rénovation à grands frais du Caesars palace, puis les lancements du Circus Circus, de l’Excalibur, du Luxor, du New York New York et du Bellagio. En l’espace de quatre ans, une demi-douzaine de méga hôtels-casinos sortent de terre et les projets les plus fous se suivent : The Venetian avec ses rues de Venise et ses gondoles, The Treasure Island et son spectacle d’attaques de pirates, le Paris avec ses restaurants, sa station de métro et sa Tour Eiffel… Tous se construisent le long de Las Vegas Boulevard, une longue bande d’asphalte de près de dix kilomètres, communément appelée le « Strip ».

Les vedettes de la chanson et de la magie sont invitées par les plus grands d’entre eux, tandis que les promoteurs de boxe font du Nevada leur destination privilégiée pour organiser leurs championnats du monde.

Séduite à son tour, la clientèle familiale fait de Las Vegas l’une de ses escales favorites. Aujourd’hui, la ville accueille d’ailleurs près de 40 millions de visiteurs chaque année, venus du monde entier. Des touristes qui n’ont que l’embarras du choix grâce aux 120 000 lits d’hôtels disponibles !

Les joueurs restent toutefois les premiers intéressés et tout est fait pour les satisfaire : black jack, poker, paris, machines à sous… rien ne manque. Même les chambres et les comptoirs de bars sont équipés de machines offrant différents jeux d’argent. Et pour ne pas distraire les accros, les casinos ont pris soin de ne pas placer la moindre horloge dans les salles, d’organiser un service de boisson et de restauration directement sur votre lieu de jeu, mais aussi de plonger les salles dans une pénombre étudiée, afin que la sensation de jour et de nuit soit totalement abolie !

Autre vice exploité, le sexe. Sur Industrial Avenue se concentre les boîtes de strip tease, les sex shops (parfois sous forme de supermarché de plusieurs milliers de mètres carrés), les massages, voire plus.

Cependant, joueurs et célibataires ne sont plus les clients majoritaires. Le développement des boîtes de nuit dans les hôtels, avec soirées à thèmes et absence de tabous, drainent la jeunesse de tout le pays. Beuveries et raves sont monnaie-courante, tout comme le ballet d’ambulances venues au secours de jeunes gens baignant sur le trottoir dans leur urine et leur vomi…

Si ces aspects ne peuvent être ignorés, Las Vegas a pourtant beaucoup d’autres choses à offrir.

Tout d’abord, pour peu que vous y veniez en voiture depuis Los Angeles, Santa Barbara ou San Francisco, la route en elle-même est une aventure. A travers le comté de San Bernardino, le désert de Mojave, la Death Valley, les paysages vous laisseront sans voix. A la fois séduisants et terriblement arides, ils dévoilent des montagnes torturées, sculptées par des siècles de vents brûlants, ainsi que des étendues de pierres et de sable ponctuées de sagaros et arbres de Josué aux formes improbables.

Une fois en ville, videz-vous la tête d’idées préconçues et de cynisme. Retrouvez vos yeux d’enfant pour vous laisser bercer par les spectacles de rue. Les faux Michael Jackson, Britney Spears, Liberace, Power Rangers ou Minions pullulent, mais avec le sourire, et se laissent prendre en photo à vos côtés… Les manèges en tous genres (Grand huit au New York New York ou The Adventuredome au Circus Circus) vous garantissent des sensations fortes dont vous mettrez quelques minutes à vous remettre. Les décors des galeries des hôtels vous plongent ensuite dans toutes les ambiances souhaitées : rues de Paris, Venise, New York, avec végétation, rivières et ciel étoilé en prime. Au sein des restaurants, toutes les bourses peuvent se régaler, même si l’on veut goûter la cuisine des grands chefs venus du monde entier et recrutés à prix d’or… Et si cela ne vous suffit pas, la vue offerte depuis la grande roue (High Roller), un trajet au sein du Las Vegas Monorail ou encore un « vol » en zipline au-dessus de la ville, achèvent de vous convaincre.

Attention cependant à ne pas faire l’erreur de quitter trop vite les lieux sans avoir pris soin de tout explorer. Las Vegas ne se limite pas au Strip. Il suffit d’effectuer quelques kilomètres au Nord sur Las Vegas Boulevard (en suivant la longue succession de chapelles ou Elvis Presley s’est soi-disant marié… mais aussi Michael Jordan, Carmen Electra et Dennis Rodman, Angelina Jolie, Richard Gere et Cindy Crawford, Bruce Willis et Demi Moore, Joan Collins, etc.) pour découvrir le centre ville historique et revenir aux origines.

Fremont Street, rebaptisée Fremont Street Experience, propose également son lot d’hôtels et de casinos, plus discrets mais d’un chic suranné. Sur cette longue artère aux nombreuses boutiques de souvenirs et restaurants, les concerts en plein air s’enchaînent, tandis que les amateurs de sensations empruntent la « Slotzilla » au-dessus de vos têtes.

Un peu plus loin, dans la zone d’El Cortez, le « Experience Center », bâti à partir de containers recyclés, offre une jolie promenade pour toute la famille avec bars, glaciers et boutiques fashion.

Et pour finir par où tout a commencé, un passage par le fort des premiers colons mormons constitue un éclairage intéressant sur l’histoire de la ville, avant d’enchaîner, une centaine de mètres plus loin, sur… le musée de la mafia (Mob Museum), à laquelle Vegas doit en partie sa réputation.

La plus grande ville du Nevada a par conséquent beaucoup à offrir, quelle que soit l’attente des visiteurs. A condition que ces derniers jouent le jeu de la découverte et de l’ouverture d’esprit.

Si tel est le cas, un séjour à Las Vegas à de fortes chances de devenir inoubliable, au point de vouloir y revenir… Un phénomène semblable à celui d’un joueur devenu accro aux casinos ! Quoi qu’il arrive, le renouvellement permanent de la ville (plusieurs nouveaux établissements et nouvelles animations sont annoncés pour début 2015) assure aux touristes de vivre une toute nouvelle expérience à chaque nouveau séjour.

Stéphane Cugnier

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