Saint-Paul entretient la légende des gangsters

L’époque de la prohibition et du crime organisé fascine les Américains. Les expositions et musées qui leur sont consacrés fleurissent à travers le pays, à commencer par Saint-Paul l’une des villes les plus marquées par cette longue décennie de violence.

L’industrie cinématographique n’est pas la seule à exploiter le filon du crime et des mondes souterrains de la mafia. Ancrée dans l’histoire des Etats Unis et dans la culture populaire, cette zone sombre fait désormais l’objet d’expositions au sein des bibliothèques et universités, mais possède également ses propres musées. Le plus célèbre d’entre eux est certainement le « Mob Museum », ouvert en 2012 dans le centre historique de Las Vegas (Nevada), une ville dont le développement et l’âge d’or est intimement lié aux activités criminelles.

Il convient toutefois de se rendre au Nord du pays pour trouver la plus impressionnante illustration de cette fascination pour le monde des gangsters. C’est en effet à Saint-Paul, capitale de l’Etat du Minnesota, que les voleurs, braqueurs, kidnappeurs, assassins et souteneurs, firent régner le chaos durant près de vingt ans. Considérée par les mafias italienne, juive et irlandaise comme le « Paradis des Affaires », elles purent y agir en toute impunité, avec la complicité rémunérée de Tom Brown, chef de la police.
Ce fut notamment à Saint-Paul que s’illustrèrent John Dillinger, le gang des frères Barker, Alvin « Creepy » Karpis, « Babyface » Nelson, Machine Gun Kelly, « Dapper » Danny Hogan, Edna « The Kissing Bandit » Murray ou encore Harry « Dutch » Sawyer, des personnalités sans scrupules auxquelles Tom Brown laissait le champ libre (moyennant un pourcentage sur leur butin), à la seule condition qu’ils ne fassent pas couler le sang en ville.

Le début de cette ère de violence se situe en 1920, avec l’instauration par le gouvernement du 18e amendement, introduisant le contrôle de l’alcool et le lancement de la prohibition. De par sa proximité avec le Canada, l’Etat du Minnesota devint la plaque tournante de l’importation illégale de bières et whiskies destinés à la revente dans les bars souterrains illégaux, baptisés « Speakeasy ».
Les mafias s’emparèrent vite de ce trafic en envoyant quelques hommes de main piloter les opérations depuis Saint-Paul et soudoyer les responsables locaux. Face à la rapide coopération de ces derniers et à la facilité avec lesquelles les choses se mirent en place, d’autres activités se développèrent : prostitution, salles de jeux, cambriolages, etc.

De quoi donner des idées à d’autres individus peu recommandables, comme les frères Barker, dirigés d’une main de fer par leur mère, « Ma » Barker. Ceux-ci furent responsables des deux kidnappings les plus célèbres de la région, à savoir ceux de l’industriel William Hamm Jr, en juin 1933, puis du banquier Edward Bremer en janvier 1934. Ce dernier, séquetré plusieurs jours, les yeux bandés et très peu nourris, raconta par la suite son angoisse et sa certitude de devoir être exécuté… L’opération fut très lucrative pour les malfrats. Ces actes leur rapportèrent respectivement 100 000 et 200 000 dollars (converties au taux actuel, ces sommes représentent environ 1,7 million et plus de 3 millions).

Cependant, trop sûrs d’eux, les Barker commirent l’erreur en août 1933, lors de l’attaque du convoi financier de la Stockyards National Bank, de tuer un policier de sang-froid. Ayant enfreint la règle non écrite de Tom Brown, ils attirèrent les foudres du chef de la police et l’attention des autorités nationales, qui vinrent mettre de l’ordre à Saint-Paul. Les Barker furent ainsi traqués jusqu’en Floride où ils périrent dans un échange de coups de feu avec la police en 1935, tandis que de son côté John Dillinger était poussé à la fuite, après avoir été désigné par Edgar Hoover comme le tout premier « Ennemi Public n°1 » de l’histoire et avoir involontairement poussé à la création du FBI. L’arrêt de la prohibition en 1933, sonna par ailleurs le glas de l’ère des hors-la-loi de Saint-Paul.

La fin des années 30 marquait la fin du crime organisé et le début de la légende des gangsters. Une légende qui se décline aujourd’hui en une exposition permanente au Minnesota History Center, mais aussi par un tour en bus de deux heures à travers la ville de Saint-Paul pour découvrir les faits et lieux les plus marquants de cette époque.

Ce « Saint-Paul Gangster Tour » (24 dollars par personne) s’effectue tous les weekends sous la conduite d’un guide déguisé en l’un des gangsters de l’époque et mitraillette (Tommy Gun) à la main. Le point de départ de cette visite s’effectue logiquement devant les « Wabasha Street Caves », l’un des speakeasy favoris de la pègre de l’époque, où les criminels les plus endurcis venaient y dépenser leur argent illégalement gagné en alcool de contrebande, en paris et en danses avec leurs prostituées favorites.

Une expérience originale, avec une fin très morale au regard de la vie de ses protagonistes : « Crime doesn’t pay » (le crime ne paie pas).

Stéphane CUGNIER

Article également publié dans l’édition du soir du quotidien « OUEST FRANCE », le mardi 2 septembre 2014

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