En hydravion à la rencontre des baleines de l’île San Juan

Sur les terres de Boeing, dans l’Etat de Washington, la société Kenmore Air est devenue la plus importante compagnie aérienne des USA à réaliser des liaisons commerciales à bord d’hydravions.

Des comptoirs d’enregistrement, une boutique, une salle d’embarquement et un bureau des douanes. A première vue, les lieux ont tout d’un terminal d’aéroport. Il n’en est pourtant rien, ou pas tout à fait… Bienvenue chez Kenmore Air, la plus grande compagnie aérienne (hors Alaska) des Etats Unis de transport de passagers en hydravions.

Localisée à proximité de Seattle (Etat de Washington), cette société de 250 employés, fondée en 1946, exploite la particularité d’une région coincée entre lacs, rivières et océan, pour proposer à sa clientèle de relier les sites les plus difficilement accessibles, notamment les îles parsemant les nombreux détroits du Nord-Ouest de l’Etat, mais aussi le Canada tout proche. Equipée de vingt-cinq appareils d’une dizaine de places, la compagnie réalise ainsi plusieurs rotations quotidiennes vers une cinquantaine de destinations régulières, un nombre multiplié par quatre si l’on ajoute les destinations saisonnières ou « à la demande ».

« Aujourd’hui, Kenmore Air est respectée pour son sérieux et la qualité de ses vols », explique Jeff, l’un des 52 pilotes (dont plusieurs femmes). « Mais à l’origine, les sceptiques étaient nombreux, d’autant que la fiabilité des appareils laissait à désirer. Nous n’avons toutefois pas eu d’accident majeur. Nous bénéficions désormais de la confiance et du respect des voyageurs. Nous réussissons même à déposer nos passagers sur des glaciers, des lacs et des ports situés au coeur des fjords ! »

L’expérience d’un vol à bord de l’un de ces hydravions est tout à fait unique. Derrière les vitres du terminal d’embarquement, il suffit de voir amérir l’appareil sur les eaux de Lake Union et sous le traditionnel rideau de pluie de la région de Seattle, pour comprendre que les pilotes sont un savant mélange d’as du manche et de fous volants. « Il faut dépasser les préjugés », tempère Jeff. « Même si nous volons parfois en short et chemisette, nous ne sommes pas des aventuriers casse-cous. Nous ne laissons rien au hasard et maîtrisons chaque manoeuvre. Nous avons des vies entre nos mains. »

Egalement steward, bagagiste et matelot, chaque pilote assure toutes les tâches à bord. A peine arrivé à bon port (au sens propre), il saute ainsi de sa cabine pour arrimer son appareil, avant de procéder au rangement des sacs et valises des passagers, puis d’aider ces derniers à monter à bord. Quelques instants plus tard, le voici à nouveau aux commandes pour affronter des conditions météo imprévisibles et des vents capricieux.

Cette fois, le décollage s’effectue en direction de l’île San Juan (7.000 habitants) à 35 minutes de Seattle (certains vols vers le Canada et la Colombie Britannique durent près de 3 heures), où les touristes se rendent en masse d’avril à octobre pour assister aux passages d’orques et de baleines à bosse. L’hydravion se détache des flots sans difficulté et prend rapidement de l’altitude pour naviguer entre les nuages gris pesant sur la baie.

En quelques minutes, l’avion survole Lake Washington et l’immense propriété de Bill Gates. C’est à ce moment que les vents décident d’offrir quelques sensations fortes aux voyageurs. L’appareil est sérieusement secoué, mais le pilote reste imperturbable. L’hydravion n’en tangue pas moins de manière surprenante et donne l’impression de se trouver à bord d’un voilier ballotté par les flots en plein coup de tabac. Les visages se crispent, d’autant que la porte de la cabine principale laisse apparaître un « jour » assez large et ne cesse de battre à chaque secousse.

Les choses se calment pourtant en un instant. L’appareil reprend sa course linéaire vers les petits ilôts de verdure à l’horizon. Chaque passager retire alors la main du gilet de sauvetage glissé sous les sièges pour se laisser aller à contempler le paysage. Malicieux, le pilote se retourne brièvement pour adresser un clin d’oeil, avant d’amorcer sa descente vers San Juan et la baie de Friday Harbor.

L’hydravion se pose alors sur les flots avec une agréable douceur, puis glisse sur une centaine de mètres en direction du ponton de débarquement. L’arrimage ne dure que quelques secondes, juste le temps pour les passagers de laisser la place à ceux qui attendent sous leur parapluie d’effectuer le trajet inverse.

Il est temps d’embarquer dans un petit bateau à moteur et de se tourner vers l’observation des baleines. L’avion, quant à lui, reprend ses rotations en quittant une nouvelle fois sans effort son « tarmac aquatique ». Le trajet de retour se déroulera sans encombre… De quoi donner raison aux 80.000 passagers qui chaque année font le pari de ces liaisons inhabituelles.

Stéphane CUGNIER

Plus de renseignements : http://visitsanjuans.com/ ; http://sanjuanislandwhales.com/ ; http://www.kenmoreair.com/

Article également publié dans l’édition du soir du quotidien « OUEST FRANCE », le lundi 6 octobre 2014

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