Seattle dit « stop » au gaspillage de nourriture

La ville de Seattle tente de montrer l’exemple en matière de protection de l’environnement et de lutte contre le gâchis alimentaire, avec l’instauration d’une taxe symbolique.

On ne gaspille pas la nourriture. Cette remarque, adressée à leurs enfants par de nombreux parents agacés de les voir refuser de terminer leur assiette, vient d’être prise au pied de la lettre par les membres du conseil municipal de Seattle (Etat de Washington). Fin septembre, ceux-ci ont en effet voté le principe d’une nouvelle taxe pour les habitants qui jetteraient trop de nourriture à la poubelle.

Limité pour l’instant à 1 dollar symbolique, cet avertissement financier s’adresse aux familles vivant en pavillon individuel. Encouragée depuis plusieurs années, à travers une politique volontariste, à disposer leurs déchets alimentaires et autres papiers biodégradables dans un composteur fourni par « Seattle Public Utilities » (SPU), la population peine toutefois à atteindre les objectifs fixés par les autorités.

A la fin de l’année 2013, le pourcentage de produits recyclés issus des poubelles des habitants ne culminait qu’à 56%, soit à peine plus qu’en 2012. Or, avec un objectif fixé à 60% pour 2015, SPU a estimé qu’il était temps d’agir et a donc incité le conseil municipal à attaquer la population au porte-monnaie. « L’objectif n’est pas d’augmenter les revenus financiers de la ville », explique Tim Croll, responsable de SPU pour les ordures ménagères. « Notre but est avant tout de rappeler aux gens qu’ils doivent trier leurs déchets de manière plus efficace. »

Même écho du côté de Sally Bagshaw, membre du conseil municipal : « Notre taux de recyclage stagne. Nous continuons donc à exporter 300 000 tonnes de déchets chaque année dans un terrain vague de l’Est de l’Oregon. Ce n’est pas raisonnable et ce n’est pas sain. Nous pouvons faire mieux que cela. »

Selon SPU, la nouvelle taxe votée par la ville devrair permettre de générer 38 000 tonnes de compost supplémentaire tous les ans. Une ressource naturelle qui est ensuite utilisée comme engrais, notamment pour développer les jardins-terrasses, très populaires à Seattle.

Pour l’heure, seuls les pavillons sont concernés. Les immeubles d’habitation doivent quant à eux mettre des composteurs à disposition, mais les résidants ne sont pas contraints de les utiliser, même si les déchets seront surveillés. Quant aux entreprises, aucune obligation ne leur a été formulée, mais un appel à leur « conscience » a été lancé.

Concrètement, l’application de la nouvelle taxe se fera lors du passage des éboueurs. Ceux-ci pourront jeter un oeil à l’intérieur des poubelles à chaque fois qu’ils les videront dans les bennes des camions. S’ils s’aperçoivent que les matières susceptibles d’être « compostées » représentent plus de 10% ou plus du contenu de la poubelle, ils pourront immédiatement rédiger un constat de violation dans l’ordinateur dont chaque camion est déjà équipé. Une amende sera ensuite imprimée et placée sur la poubelle, mentionnant à son propriétaire qu’il devra payer 1 dollar de plus sur sa prochaine facture de collecte des ordures.

Les appartements et entreprises feront l’objet d’une procédure similaire, mais recevront deux avertissements, avant d’être sanctionnés. A la troisième violation constatée, une amende de 50 dollars sera rédigée pour l’ensemble du bâtiment concerné. Leurs poubelles ne seront toutefois pas contrôlées de manière régulière, mais suivant une sélection hebdomadaire « au hasard ».

Les éboueurs devraient débuter cette inspection à partir du 1er janvier 2015. Ils ne délivreront toutefois que des amendes fictives à des fins éducatives. La véritable procédure de contrôle et de taxe n’est appelée à débuter que le 1er juillet 2015. « Nous n’espérons pas récolter beaucoup d’amendes », conclut Tim Croll. « Depuis le passage de la précédente loi sur le recyclage des plastiques, verres et papiers, il y a 9 ans, nous n’avons en effet verbalisé que pour un total de 2 000 dollars. »

Dans le cadre de cette délibération municipal de 2005, les éboueurs sont déjà habilités à contrôler les poubelles de la population. S’ils y trouvent trop de bouteilles en verre ou d’objets en plastique, ils peuvent refuser de collecter les ordures et laisser une note aux habitants en leur demandant de trier à nouveau leurs déchets pour en retirer les détritus qui ne devraient pas s’y trouver.

Stéphane CUGNIER

Seattle, une ville progressiste

Seattle ne craint pas de faire tomber les barrières dans tous les domaines de la société. Parmi les premières à légaliser la consommation de marijuana, la ville est aussi devenue l’une des plus tolérantes sur la question du mariage homosexuel. Ed Murray, élu maire en janvier dernier, est d’ailleurs ouvertement gay et a décidé de célébrer les mariages de couples venant d’autres Etats du pays. Une loterie, organisée dans le cadre de la campagne « Marry me in Seattle » (avec le soutien de cinquante entreprises locales), lancée le 1er juillet de cette année, pour permettre à quatre couples de gagner un mariage, un séjour touristique avec hôtel et une lune de miel à Seattle tous frais payés.

Mais l’avancée majeure vient du domaine professionnel. Le conseil municipal a en effet voté le 2 juin dernier l’augmentation du salaire minimum. Celui-ci, culminant déjà à 10,10 dollars de l’heure devrait grimper jusqu’à 15 dollars sous 3 ans, soit plus du double du salaire minimum établi par l’Etat fédéral (7,25 dollars de l’heure).

Dans un autre domaine, la municipalité a décidé de permettre à certains magasins qui en font la demande de pouvoir vendre de l’alcool avec une licence municipale, sans avoir à payer une licence gouvernementale, avec toutes les taxes et frais administratifs que cela implique.

Pour finir, la mesuure la plus ancienne date de 1973, avec le vote d’une loi obligeant les entreprises, les administrations et les promoteurs immobiliers à consacrer 1% du budget de leurs constructions à l’art public. D’où l’installation, dans les rues ou sur les façades, de fresques, sculptures et créations en tous genres. A l’heure actuelle, plus de 3 000 oeuvres égayent la ville dont une statue de… Lénine dans le quartier de Fremont !

S. C.

Article également publié dans l’édition du soir du quotidien « OUEST FRANCE », le mardi 14 octobre 2014

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