La country music entre au musée en Virginie

Musique la plus jouée et la plus vendue aux Etats Unis, la country bénéficie désormais d’un musée retraçant ses origines.

Aussi étonnant que cela puisse paraître aux Etats Unis, aucun musée officiel ne s’intéressait jusqu’à présent aux racines de la musique country, véritable institution de l’autre côté de l’Atlantique. Cette erreur est aujourd’hui réparée depuis l’inauguration, fin août à Bristol (ville coupée en deux par la frontière entre le Tennessee et la Virginie), du « birthplace of Country Music ».

Installé dans un bâtiment historique récemment rénové, ce musée aura mis plus de dix ans à voir le jour. « Compte-tenu de l’importance de ce style musical dans l’univers culturel américain et de l’attente du public, il ne fallait pas faire les choses à moitié », explique Leah Ross, directeur exécutif. « La réalisation de ce projet a donc été minutieuse et s’est élevée à plus de 13 millions de dollars. »

Loin de se borner à une simple évocation de la country et de ses principaux artistes, le musée s’intéresse à la naissance du genre, tout en replaçant son apparition dans son époque. « Nous évoquons la vie de ces premiers musiciens, majoritairement fermiers, installés dans des conditions extrêmement rudes, dans les montagnes du Sud des Appalaches. Cette population très modeste, vivant sur les terres des Indiens Cherokee, a mélangé les différents styles musicaux venus d’Europe, tout en combinant les instruments rudimentaires. Ce mélange improbable a donné la country, mais aussi le blues ou le folk. »

Jouée de manière confidentielle, à l’écart des grandes villes des Etats Unis, cette musique, associée aux traditions culturelles des « Hillbillies » (appelation péjorative donnée par les sociologues urbains aux habitants des Appalaches), sortit peu à peu de son anonymat. En 1927, Ralph Peer, un producteur de la société Victor Talking Machine Company (rebaptisée quelques années plus tard RCA) basée à New York, décida de voyager jusqu’à Bristol, afin d’enregistrer ces musiciens à part. Quelques semaines auparavant, il fit placer une annonce dans le journal local, afin d’appeler les artistes des environs à venir passer une audition.

L’intéressé installa ensuite son studio dans l’un des entrepôts de a société Taylor-Christian Hat Co. warehouse, sur State Street. Il amena pour l’occasion un tout nouveau matériel comprenant un micro portatif récemment développé par le laboratoire Bell & Western Electric qui lui permit d’enregistrer (avec une qualité jamais entendue auparavant), en dix jours, 76 chansons de 19 artistes différents, venus du Kentucky, Caroline du Nord, Virginie, Virginie de l’Ouest, Tennessee et Missouri. Parmi eux : Jimmie Rodgers, surnommé le « père de la country music », mais aussi Ernest Stoneman & The Dixie Moutaineers ou encore la famille Carter, dont la fille June sera plus tard l’épouse du célèbre Johnny Cash. Ralph Peer donna également sa chance à un chanteur noir, une révolution pour l’époque…

Cette séance d »enregistrement, souvent teintée de musique religieuse à l’image des chansons du pasteur Alfred Karnes (31 des 76 chansons enregistrées étaient des cantiques ou des chants de gospel), eut un énorme rententissement, au point d’être considérée comme l’acte de naissance de la country, voire même d’être qualifiée de « Big Blang of Country Music ». En 2002, la librairie du Congrès américain la classa d’ailleurs comme l’un des 50 plus importants enregistrements sonores de tous les temps. « Il s’agissait de la première fois qu’une musique considérée comme paysanne était produite en masse et atteignait des marchés comme New York, Chicago ou Atlanta. Les musiciens des Appalaches étaient enfin reconnus pour leur talent. Jimmie Rodgers fit d’ailleurs une immense carrière par la suite dans tout le pays. »

Satisfait au-delà de ses espérances, Ralph Peer revint conduire un nouvel enregistrement à Bristol l’année suivante, ainsi que dans plusieurs comtés des environs et jusqu’à Atlanta, en Géorgie, tout au long de l’année 1928. Mais aucune de ces séances ne fut en mesure d’égaler l’originale.

Le musée ouvert l’été dernier s’attache par conséquent à l’histoire de cette toute première séance, avec le matériel de l’époque. Film d’introduction, studio d’enregistrement, photos, disques, présentations interactives, écoutes de ces chansons digitalisées et même possibilité d’enregistrer sa propre version des chansons de 1927, permettent de saisir l’essence de cette musique originelle. Une musique dont les artistes contemporains vendent plus de disques aux Etats Unis que les chanteurs de pop ou de hip hop.

L’intérêt du public est d’ailleurs au rendez-vous, avec plus de 200 visiteurs par jour, venus de l’ensemble du pays, mais également du monde entier. Déjà renommée pour son festival musical annuel au mois de septembre, baptisé « Rhythm & Roots Reunion », faisant la part belle à la country, au blues et au gospel, la petite ville de Bristol (moins de 50 000 habitants), s’affirme plus que jamais comme le berceau des musiques traditionnelles américaines.

Stéphane CUGNIER

Pour en savoir plus : http://www.birthplaceofcountrymusic.org/

Article également publié dans « PARIS NORMANDIE » le 26 janvier 2015

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