Dans le Kentucky, la Corvette fait de la résistance

Au coeur de l’Amérique rurale, le constructeur automobile Chevrolet assemble depuis trente ans l’une des voitures les plus mythiques du pays.

Une large peinture murale, flanquée du drapeau américain, annonce la couleur dès l’entrée : « Le rêve commence ici : faite en Amérique, fierté de l’Amérique ». A Bowling Green (Kentucky), la direction de l’usine Chevrolet sait à merveille jouer avec l’orgueil patriotique de ses employés. Derrière les murs de ce complexe hautement sécurisé de 93.000m2, réparti sur un terrain de 405 000 hectares, se construit en effet l’un des symboles du pays, la Corvette.

Installée dans le Kentucky depuis 1981, l’usine est ouverte au public et permet de découvrir (moyennant 7 dollars l’entrée) les coulisses de la fabrication de cette voiture développant entre 455 et 650 chevaux selon le modèle. Une puissance permettant de grimper jusqu’à 316 km/h et de passer de 0 à 100 km/h en 2 secondes ! Des performances qui ont un prix, puisqu’un modèle de base se négocie à 55.000 dollars pour la « Sting Ray » et à 79.000 dollars pour la « Z06 ».

Pour réaliser ces bolides réservés à une clientèle aisée, un petit millier d’employés travaillent dans des conditions pour le moins surprenantes. Ici, personne ne réalise les 3×8 et aucune tenue de travail n’est imposée. Certains se promènent même en short. « Les ouvriers embauchent à 6h12 et terminent à 14h42 », explique Rachel, l’une des guides assurant le tour de l’usine. « Ces heures peuvent étendues jusqu’à 16h30 en cas de grosses commandes. Chacun sait ce qu’il a à faire et doit respecter la cadence de trois minutes par poste de travail. En dehors de ces obligations, les employés sont libres de s’habiller comme ils le veulent – à l’exception de l’assemblage ou un pantalon long est exigé, ainsi que des lunettes de protection – ou d’écouter la musique qu’ils souhaitent ». Certains poussent même cette « liberté » jusqu’à manger en travaillant.

De fait, l’ambiance semble pour le moins relax sur ces chaînes de productions longues, tout cumulé, de près de douze kilomètres. Chaque unité doit tout de même respecter un rythme contrôlé par de grands panneaux électroniques, affichant en vert les cadences normales et en rouge celles ayant pris du retard. « Ces retards peuvent parfois être dus à des problèmes techniques. Dans ce cas, chaque unité possède sa propre musique d’alerte, comme le thème de Star Wars ou le sifflotement de John Wayne ». Autre surprise, l’importance du personnel féminin. « Plus de 30% sont des femmes et nombre d’entre elle sont chefs d’équipe ».

Au total, 137 voitures sortent chaque jour de l’usine, avec quelques pointes à 170 ou 180 lorsque les commandes affluent. « Les voitures ne sont produites qu’en fonction des commandes. Il n’y a donc pas de modèles en série. Sur une chaîne, vous pouvez avoir un modèle classique Sting Ray, puis une Z06, puis une décapotable… Nous réagissons aux bordereaux envoyés par les concessionnaires ». Impossible par conséquent pour un client d’obtenir sa voiture immédiatement. Chaque Corvette étant personnalisée en fonction des options et des coloris (dix sont proposés), le délai de livraison se situe entre 4 et 6 semaines. A noter que 95% des commandes proviennent du marché américain, la Corvette s’exportant très peu.

Totalement rénovée au tournant de la décennie, pour un total de 131 millions de dollars de travaux, l’usine ultra-moderne de Bowling Green a pu changer sa méthode de production, afin construire ses corvettes en aluminium et non plus en acier. Désormais, les modèles de la génération 2014-2015 pèsent quasiment cent kilos de moins, allégeant également le coût de fabrication. « Le poids total de la voiture est de 1451 kilos. Elle est composée de 1376 éléments venus de 387 sous-traitants. Et durant sa réalisation, près de 100% des particules et morceaux d’aluminium inutilisés sont recyclés ».

De l’assemblage global aux finitions, trois jours et demi sont nécessaires pour réaliser une Corvette, laquelle doit ensuite passer une série de tests en usine puis sur route, avant d’être livrée. Mais la touche finale pour ce véhicule fierté de l’Amérique vient de France, puisqu’il est exclusivement équipé de pneus Michelin de type « super sport flat ». Une manière comme une autre de rester fidèle à l’esprit de son concepteur, Harley Earl, lequel avait souligné qu’il souhaitait lui donner « un nom qui sonne français ».

L’histoire de la Corvette, créée en 1953 pour permettre aux soldats de trouver sur le sol US des modèles de sport semblables à ceux qu’ils avaient pu voir en Europe lors de la Seconde Guerre mondiale, peut d’ailleurs être découverte juste en face de l’usine. Le musée qui lui est consacré dévoile son processus de création, depuis l’anecdote liée à son nom, tiré d’un vaisseau de l’armée, jusqu’à la présentation du tout premier modèle blanc avec intérieur en cuir rouge, en passant par l’année 1983 où aucune voiture n’était sorti des lignes de production en raison de défauts de conception.

70 Corvette y sont ainsi exposées, qu’il s’agisse de prototypes ou de modèles conçus pour le sport automobile. Un véritable hymne à celle que l’on surnomme la « Vette », devenue le symbole d’une Amérique industrielle forte et innovante, celle des « fifties », avant d’incarner l’image de la résistance automobile face à l’invasion des constructeurs asiatiques et à la crise ayant sonné le glas de villes telles que Detroit.

Stéphane Cugnier

Article également publié dans l’édition du soir du quotidien « OUEST FRANCE », le vendredi 3 avril 2015

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