Abraham Lincoln, enfant du Kentucky devenu icône politique

Au moment de commémorer le 150e anniversaire de la mort d’Abraham Lincoln, Républicains et Démocrates célèbrent ses origines modestes dans le Kentucky et exploitent l’actualité pour revendiquer son héritage moral.

Le 14 avril 1865, Abraham Lincoln, fraîchement réélu président des Etats Unis, se faisait tirer dessus par John Wilkes Booth, sympathisant confédéré. Le chef de l’Etat américain décédait le lendemain matin, six jours après la reddition de l’armée sudiste marquant la fin de quatre années de guerre civile. Lincoln devenait immédiatemment la figure centrale de l’histoire américaine, notamment grâce à son action en faveur des esclaves.

150 ans plus tard, Abraham Lincoln est toujours omniprésent. Les célébrations se multiplient à travers le pays pour rendre hommage à son action et son courage politique, au moment même où les Etats Unis connaissent une véritable crise de société.

Connu pour son message « Si l’esclavage n’est pas mauvais, rien n’est mauvais », Lincoln souhaitait créer les conditions d’une vie permettant aux blancs et noirs de vivre en harmonie. Or l’actualité vient rappeler que la route est encore longue pour tendre vers ce but. Les décès de noirs abattus par des policiers blancs se multiplient ces derniers mois, en dépit de la présence du premier président noir.

A un an des élections présidentielles, cette tension raciale se trouve déjà au coeur de la campagne. De fait, le Républicain Rand Paul et la Démocrate Hillary Clinton, les deux candidats déjà déclarés pour les primaires au sein de leur propre camp, l’ont placé au centre de leurs préoccupations, loin devant la menace du groupe islamiste Daech.
Clinton n’a d’ailleurs pas manqué de mettre en perspective ces bavures policières avec le message de Lincoln, indiquant que « l’Amérique devait se souvenir de la vision et de la détermination d’un président qui était mort pour ses idées, mort pour permettre l’égalité entre les races et les hommes ».

Loin d’être en reste Rand Paul (sénateur du Kentucky) a précisé qu’au-delà de « lutte contre les inégalités entre les pauvres et les riches, la remise à niveau des relations entre les différentes communautés devait être priorité, comme l’avait voulu Abraham Lincoln ».

Chaque camp se dispute cet héritage moral, sans pour autant parvenir à convaincre la population. Celle-ci préfère lui rendre hommage à sa manière, en se pressant sur les marches du monumental Lincoln Memorial (Washington DC) ou encore à Hodgenville (Kentucky), au lieu-dit « Sinking Spring Farm », où Lincoln vit le jour le 12 février 1809 dans un modeste chalet en rondins.

C’est sur cette terre que se forgea la personnalité du jeune Abraham. Du fait des tâches fermières imposés, l’enfant n’était pas en mesure de se rendre tous les jours à l’école, située à plus de 5km à pied. Sa soif d’apprendre ne s’exprimait que lors des offices religieux à laquelle la famille, très pieuse, assistait chaque dimanche. Membres de l’église Baptiste indépendante, refusant l’alcool et s’opposant à l’esclavage, les Lincoln transmirent ces vertus à leur fils. A sa naissance, ils consentirent en outre à l’achat – important pour l’époque – d’une Bible provenant de Grande Bretagne, grâce à laquelle Abraham apprit à lire.

Lors des travaux dans les champs, le jeune garçon eut plusieurs fois affaire à des esclaves en fuite, cette région du Kentucky faisant partie d’un itinéraire mise en place par les anti-esclavagistes pour libérer nombre d’entre eux. La ferme des Lincoln, située près d’une source, était connue pour offrir de l’eau aux fuyards.

Travailleur, l’enfant était souvent « loué » par son père aux fermiers des environs. Abraham devait ensuite revenir à la nuit tombée et aller chercher l’eau à la source pour sa famille, quelles que soient les conditions météo. D’où la naissance d’un sentiment d’injustice et son désir d’aider les plus faibles. C’est aussi dans ce chalet qu’il fut pour la première fois confronté à la mort, celle de son jeune frère. Celle-ci allait le suivre toute son existence, sa mère disparaissant lorsqu’il n’avait que 9 ans, puis sa première fiancée et enfin deux de ses enfants.

Autour de cette maisonnette familiale, les Américains décidèrent en 1906 d’élever un mémorial de granit en mémoire du natif de « Sinking Spring Farm ». 100.000 Américains (dont l’écrivain Mark Twain) contribuèrent financièrement à cet ouvrage, auquel les visiteurs peuvent aujourd’hui accéder après avoir gravi 56 marches, chacun symbolisant une année de la vie de celui qui mit fin à l’esclavage.

De la source où il allait puiser de l’eau, jusqu’à la petite cabane en rondins, le public (200.000 visiteurs par an) peut ainsi célébrer l’esprit du 16e président des Etats Unis. Bien loin des calculs actuels des candidats souhaitant occuper le même fauteuil derrière les murs de la Maison Blanche.

Stéphane Cugnier

Article similaire publié dans l’édition du soir du quotidien « OUEST FRANCE », le lundi 13 avril 2015

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