Menace sur les chênes de Californie

La forêt californienne va mal. Déjà fragilisée par la sécheresse, ses essences de chênes enregistrent une mortalité sans précédent, en raison d’une bactérie nommée « Phytophthora ramorum ».

Si le séquoia est l’arbre emblématique de la Californie, le chêne (N.D.L.R., « oak » en anglais) est certainement le plus répandu.

Cet arbre auquel les Américains rendent si souvent hommage pour nommer un lieu (oak park, oak cafe, oak cottage, etc.) risque pourtant de ne devenir qu’un joli souvenir. Selon une étude publiée au début du mois par la « National Academy of Sciences » (NAS), les chênes sont en effet menacés de mort et pourraient, à terme, disparaître. Depuis 1995, les scientifiques estiment que plus d’un million d’arbres ont succombé à une maladie baptisée « mort subite du chêne » et causée par une bactérie communément appelée « moisissure humide ».

Au Nord de l’État, les comtés de Monterey, Sonoma et Big Sur sont les plus touchés par cette épidémie. Au cœur des forêts, près d’un arbre sur quatre est atteint. Les taches brunes de chênes morts et desséchés apparaissent de plus en plus souvent sur les photos aériennes.

Les effets de la bactérie « Phytophthora ramorum » sur les chênes sont nombreux, mais sont difficilement compréhensibles pour les scientifiques. Le rapport de la NAS explique ainsi que la maladie peut « toucher des forêts entières, mais épargner certains chênes et même renforcer leur croissance ». L’étude de la « National Academy of Sciences » révèle par ailleurs que cette bactérie se rapproche de celle qui avait atteint les pommes de terre et causé une famine en Irlande au XIXe siècle.

En ce qui concerne les symptômes chez les arbres malades, ils se traduisent sur les feuilles, partiellement jaunies et racornies, mais aussi sur l’écorce. Des taches blanches peuvent aussi apparaître à la base du tronc, avant que des fissures ne s’ouvrent sur celui-ci, laissant le chêne exposé à des « saignements » de sève. Ces saignements entraînent l’apparition de moisissures, puis l’arrivée d’insectes semblables à des termites qui creusent des galeries sous l’écorce et dans le tronc, affaiblissant et tuant l’arbre.

Loin de se limiter aux chênes, la bactérie s’attaque aussi à plus d’une centaine d’arbres et de plantes, ne causant toutefois que des dégâts mineurs.

Si la Californie du Nord est la partie la plus touchée, le problème est pourtant présent partout, y compris dans l’État voisin, l’Oregon. Des millions d’hectares sont ainsi sous la menace, la maladie se propageant grâce aux pluies et aux vents. « La bactérie peut couvrir des centaines de kilomètres en quelques heures », explique l’un des scientifiques. « Par ailleurs, le commerce des fleurs et plantes, et le transport de ces marchandises, facilite la circulation de la bactérie d’un chêne à l’autre ».

Toujours selon le rapport, la propagation de cette maladie aurait pourtant pu être stoppée entre 2000 et 2002. Mais les autorités des services forestiers et les chercheurs universitaires n’ont alors pas pris la mesure du problème. « Les forces en présence ne se sont pas mobilisées assez rapidement et n’ont pas consacré assez d’argent ou d’effort pour trouver une solution. Avec 60 millions de dollars par an, sur dix ans, le phénomène aurait pu être endigué. Aujourd’hui, il est trop tard. L’opportunité de stopper la bactérie est passée. »

La seule solution à l’heure actuelle serait de parcourir toutes les forêts de l’État, puis d’abattre et évacuer les chênes malades. Un projet de repérage et d’abattage systématique d’arbres infectés à raison de 200 km2 par an a été envisagé, pour un coût de 100 millions de dollars. Mais il n’aurait que peu d’effet sur la propagation de la bactérie.

Une telle entreprise s’avérant irréalisable, la NAS souligne que le temps presse pour trouver un moyen d’éviter une catastrophe. « La maladie prend de l’ampleur et se renforce. Elle voyage de plus en plus vite, et le coût environnemental est sévère. Si nous ne surveillons pas sa progression, la mort subite du chêne pourrait toucher dix fois la zone contaminée à l’heure actuelle. »

Les projections réalisées par les scientifiques font ainsi état de 1 600 kilomètres carrés touchés par la bactérie en 2015, une surface qui pourrait passer à 14 000 km2 en 2030. D’ores et déjà, la Californie doit vivre avec les conséquences de cette bactérie. Les forêts sont décimées et les parcs publics doivent procéder à de nombreux abattages préventifs pour protéger la population. En période de sécheresse, ces arbres représentent aussi un véritable danger, puisqu’ils constituent un combustible facile, capable d’enflammer toute une région.

L’impact à long terme inquiète également, puisque la diminution des chênes signifie aussi la perte de « poumons » luttant contre le dioxyde de carbone. Les espèces sauvages, à commencer par les écureuils, les piverts ou les geais, s’en trouvent aussi fragilisées. Plus délicat que les autres, le chêne tanoak – arbre vénéré par les tribus indiennes et source de leur nourriture traditionnelle – pourrait être le premier à disparaître totalement. Et ainsi emporter avec lui une partie de l’identité californienne.

Stéphane Cugnier

Article similaire publié dans l’Edition du soir du quotidien « OUEST FRANCE », le lundi 23 mai 2016

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