Un tour d’Amérique des villes aux noms absurdes

Oublions un instant le glamour de Los Angeles, la frime de Miami, le pétrole de Dallas ou le chic de New York, pour se pencher sur l’Amérique profonde et ses communes aux appelations farfelues.
Alors qu’en France le « Groupement des communes aux noms burlesques, pittoresques ou chantants » vient de se réunir les 9 et 10 juillet à Marrans (Charente-Maritime), qu’en est-il de l’autre côté de l’Atlantique où les Américains ne sont pas les plus discrets lorsqu’il s’agit de faire preuve d’originalité ?
Le moins que l’on puisse dire est que les villes et villages aux noms improbables ne manquent pas. Certains sont même particulièrement gratinés, à l’image de « Cut and Shoot » (Coupe et tire) au Texas, « Whynot » (Pourquoi pas) dans le Mississippi, « The Bottle » (La bouteille) en Alabama, ou encore « Boring » (Ennuyeux) en Oregon et « Sweet Lips » (Douces lèvres) dans le Tennessee.
« Très souvent, certaines villes et lieux du pays ont été baptisés par des trappeurs, des chasseurs, voyageurs ou des fermiers, lors des premières vagues de colonisation et émigration européenne », explique Glenda Dunning, des archives de la bibliothèque de Los Angeles. « Ces appellations se sont transmises d’individu en individu, puis sont finalement restées, pour finalement devenir des noms officiels ».
Difficile dans ces conditions de savoir pour quelle raison les villes de « Greasy » (Graisseuse) et « Nowhere » (Nulle part) dans l’Oklahoma furent ainsi appelées, ou encore l’origine de « Hell » (Enfer) dans le Michigan, « Nothing » (Rien) en Arizona, « Imalone » (Je suis seul) dans le Wisconsin et « Lonelyville » (La ville de la solitude) dans État de New York. « Parfois les noms représentaient l’état d’esprit des pionniers. Il suffisait qu’ils soient déprimés et un terme négatif était employé. Mais ils pouvaient aussi être mélancoliques ou amoureux, comme c’était peut-être le cas avec ‘Cœur d’Alene » dans l’Idaho, ou joyeux. »
Ainsi, certains noms plus positifs apparaissent sur la carte des États-Unis, comme « Brilliant » (Brillant) dans l’Ohio et « Happy Land » (La terre heureuse) dans l’Oklahoma, voire même grivois avec « Loveladies » (Les femmes de l’amour) dans le New Jersey, « Intercourse » (rapport sexuel) en Pennsylvanie, « Climax » (Orgasme) dans le Colorado et « Handsome Eddy » (Le beau Eddy) à New York.
La fantaisie nominale des villes peut aussi s’expliquer par la mégalomanie des premiers occupants. Ainsi, aux portes de Los Angeles, les automobilistes circulant sur l’autoroute 101 peuvent remarquer un panneau de signalisation marquant la sortie en direction de la commune de « Tarzana ». Une petite ville créée au début du XXe siècle autour du ranch du même nom, habité par l’écrivain Edgar Rice Burroughs, auteur du roman « Tarzan ».
En revanche, aucune explication pour une autre ville de Californie, plus au Nord, baptisée « Hambone » (Os de jambon). Cette dernière rejoint la liste des noms aussi surprenants que « Big Arm » (Gros bras) dans le Montana, « Embarrass » (Embarrasser) dans le Minnesota, « Accident » dans le Maryland, « Waterproof » (Étanche) en Louisiane ou « Ninety Six » (Quatre-vingt-seize) en Caroline du Sud.
Moins heureuse, la ville de « Frankenstein » (Missouri), tient son nom d’un habitant, Gottfried Franken, qui avait don de ses terres pour la construction d’une église.
Dans un pays aussi vaste que les USA, la liste pourrait ainsi s’allonger à l’infini. Certains décrochent pourtant la palme et méritent d’être cités, à l’image de « Kickapoo » (Taper dans une crotte, – en réalité le nom d’une tribu indienne -) dans le Kansas, « Paw Paw » (Pan pan) en Virginie-occidentale, « Pee pee » (Pipi) dans l’Ohio, « Rough and ready » (Dur et prêt, une commune baptisée par une population d’irréductibles ayant fait sécession avec le gouvernement fédéral) en Californie, « Santa Claus (Père Noël) en Arizona, « Loafers » (Pantoufles) dans l’Indiana ou encore « Unalaska » (Pas Alaska) en… Alaska.
Et pour terminer, comment ne pas citer une ville du Nouveau-Mexique au nom fleurant bon l’avertissement biblique : « Truth or consequences » (La vérité ou les conséquences) au Nouveau-Mexique. À moins que l’on ne préfère plus de légèreté, en posant ses valises à « Frying Pan Landing » (L’atterrissage de la poêle à frire) en Caroline du Nord.
Bien entendu, cet inventaire n’a rien d’exhaustif et chacun pourra faire l’expérience de ces noms improbables en voyageant à travers le pays de l’Oncle Sam…
 Stéphane Cugnier
Article similaire publié dans l’Edition du soir du quotidien « OUEST FRANCE », le vendredi 26 août 2016
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