Les librairies présidentielles, une tradition américaine

A l’issue de leur mandat, les présidents américains ont pris pour habitude de diriger la construction d’un musée vantant leur action à la tête du pays.

Barack Obama a récemment quitté la Maison Blanche après huit années passées à occuper le fameux bureau ovale. Le 44e président des États-Unis s’est éloigné des manettes du pouvoir de Washington pour sacrifier à l’une des traditions américaines d’après-mandat : la réalisation d’une « presidential library ».

De quoi s’agit-il exactement ? Contrairement à ce que son nom semble indiquer, il ne s’agit nullement d’une bibliothèque, mais d’une institution historique destinée à conserver les détails et l’histoire d’une présidence. Sorte de musée à la gloire du chef de l’État sortant, il constitue une biographie de ce dernier, depuis sa naissance jusqu’à son exercice du pouvoir, puis son décès.

Des milliers d’archives y sont entreposées, dont une petite partie seulement est exposée au public. Toutes les pièces significatives et documents majeurs de l’administration de chaque président rejoint cet établissement sitôt la fin du mandat, afin de devenir des éléments de collection et des preuves de l’action du gouvernement.

La librairie présidentielle est généralement située dans l’État d’origine du président, mais ce dernier est libre de choisir le lieu de sa construction. Ainsi, Barack Obama a choisi la ville de Chicago, lieu de ses débuts en politique, plutôt qu’Hawaï où il passa la majeure partie de sa jeunesse. Son ouverture n’est pas prévue avant 2020.

Depuis Herbert Hoover (président de 1929 à 1933), ces institutions sont placées sous l’administration de la NARA (National Archives and Records Administration). Celles des chefs de l’État précédents appartiennent à d’autres réseaux, généralement des universités, des fondations ou des organismes publics régionaux.

Sur les treize librairies présidentielles gérées par la NARA, trois se trouvent au Texas (Lyndon B. Johnson, George Bush père et fils) et deux en Californie (Richard Nixon et Ronald Reagan). Celle de Ronald Reagan est d’ailleurs la plus populaire avec une moyenne de 350 000 visiteurs par an. Elle fut également le théâtre cette année de l’un des débats lors de la primaire républicaine pour désigner le candidat à l’élection présidentielle.

Une visite de cette dernière constitue une parfaite illustration de ces « instantanés de l’Histoire » que constituent de telles librairies. Du conflit en Afghanistan ayant mené au boycott des Jeux Olympiques de Moscou en 1980 jusqu’à la chute du mur de Berlin, en passant par la crise des otages en Iran, les discussions historiques avec Mikhaïl Gorbatchev ou l’essor économique, tout est passé en revue. L’établissement dévoile surtout l’extraordinaire accession au pouvoir de cet homme venue d’une famille très pauvre de l’Illinois.

Sur plus de quarante hectares, au cœur des collines de Simi Valley, à égale distance de la propriété de Ronald Reagan à Beverly Hills et de son ranch de Santa Barbara, la « presidential library » dévoile des objets aussi surprenants que l’avion Air Force One ayant accompagné toute la présidence et possédant 47 téléphones à bord (avant l’apparition du portable), l’hélicoptère privé du chef de l’État, son cortège de véhicules blindés, une réplique grandeur nature du bureau ovale ou encore le costume qu’il portait lorsqu’il fut victime d’une tentative d’assassinat en 1981. Un costume présentant un impact de balle et accompagné d’une… radiographie de la poitrine du président !

Ses relations avec les autres pays sont aussi mises en avant, par le biais de photos, drapeaux, cadeaux et documents. À l’exception de… la France.

« Le musée et la fondation proposent aux visiteurs d’établir un lien intime avec Ronald Reagan », explique Melissa Giller, responsable du marketing de l’institution. « Ils peuvent accompagner le président depuis son enfance, au travers de présentations de sa famille et de ses ancêtres, jusqu’à sa dernière demeure, puisque Ronald et Nancy Reagan sont enterrés sur le site, face à l’océan Pacifique comme ils l’avaient demandé. »

Au fil des vingt-quatre galeries de la librairie, ponctuée de statues en bronze du chef de l’État (souvent avec son homologue soviétique) Ronald Reagan apparaît sous un nouveau jour, par le biais d’anecdotes amusantes ou dérangeantes. Ainsi, ce jeune étudiant brillant dans tous les sports devint successivement maître-nageur, annonceur radiophonique, avant d’être repéré par agent hollywoodien. Acteur de second plan, il comprit vite que sa destinée était ailleurs et se fit élire à la tête du puissant syndicat des acteurs, le SAG (Screen Actors Guild), qui lui offrit un tremplin politique pour devenir gouverneur de Californie de 1966 à 1976, avant de briguer la présidence des USA.

Auparavant, Reagan avait soutenu le Démocrate Harry Truman, élu à la Maison Blanche en 1948, avant de se rapprocher du successeur de ce dernier, le Républicain Dwight Eisenhower. Surtout, en 1949, Reagan avait rencontré sa future femme Nancy en pleine chasse aux sorcières, alors que celle-ci, actrice, s’était rendue au SAG pour signaler le nom d’une autre actrice ayant des sympathies communistes !

Personnage complexe, orateur brillant, négociateur hors pair, avide consommateur de bonbons de la marque jelly belly, écologiste convaincu et doté d’un sourire enjôleur, Ronald Reagan reste l’un des présidents ayant quitté le pouvoir avec l’un des plus forts taux de satisfaction parmi la population (le meilleur étant Bill Clinton). De fait, sa librairie, ouverte en 1991 et rénovée en 2011 à l’occasion du centième anniversaire de sa naissance, entretient le culte de celui qui fut crédité pour avoir forcé la chute du mur de Berlin (dont un pan se trouve exposé dans le musée).

« Preuve de l’attachement des Américains, la librairie fonctionne grâce à une centaine d’employés, mais surtout grâce à 400 bénévoles. Lors de la construction du musée, une centaine de bénévoles de chez Boeing est aussi venue travailler durant des semaines pour installer Air Force One. Quant au terrain où la librairie a été construite, il appartenait à un promoteur qui a fait donc de la moitié, par respect pour Ronald Reagan. Il faut aussi souligner que le site est exclusivement entretenu par le biais de dons privés et la recette des entrées du musée. Non par des fonds publics, comme le souhaitait le président ».

Reste maintenant à savoir à quoi ressemblera celle de Barack Obama.

Stéphane Cugnier

Article similaire publié dans l’Edition du soir du quotidien « OUEST FRANCE »,

le mardi 8 novembre 2016

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