Paducah revit grâce aux artistes

Petite ville agréable sur les berges du fleuve Ohio, Paducah est devenue l’un des centres touristiques du Kentucky. Vingt ans plus tôt, celle-ci était pourtant malfamée, avant que la municipalité ne tente un pari artistique inédit.

L’art embellit le quotidien. Partant de ce principe, plusieurs villes des États-Unis incluent d’ambitieux programmes culturels dans leur politique d’aménagement. Précurseuse en la matière, Seattle (État de Washington) a voté en 1973 une délibération municipale visant à réserver un pourcentage pour l’art public pour toute nouvelle construction ou rénovation de bâtiment. Ce programme précise ainsi que 1 % des fonds engagés dans les projets immobiliers sont mis de côté afin de passer commande pour l’installation et l’intégration d’œuvres d’art dans divers contextes publics.

Si Seattle s’enorgueillit de « donner la parole aux artistes », la commune de Paducah (Kentucky) est allée encore plus loin. Au début des années quatre-vingt-dix, cette ville de 25 000 habitants dot faire face à une criminalité galopante. Drogues et agressions règnent dans la partie basse de la cité, le long du fleuve. « Avec le développement des zones résidentielles en périphérie, cette zone a été peu à peu délaissée, alors qu’elle constituait la partie de la plus commerçante et animée auparavant », explique Laure Oswald, de l’office de tourisme local. « En 1982, le gouvernement l’a inscrit au registre national des lieux historiques, mais cela n’a pas freiné la spirale négative. »

En l’an 2000, un état des lieux fait apparaître une situation terrible : 51 % des habitants de cette zone vivent sous le seuil de pauvreté, moins de la moitié d’entre eux ont obtenu leur diplôme de high school, les maisons et appartements se vendent à un tiers de la valeur des biens situés dans les autres quartiers, et 25 % des 333 bâtiments du secteur sont considérés décrépits et insalubres.

Si la ville tente dans un premier temps de développer la présence policière, elle choisit ensuite une tout autre approche. « La municipalité a décidé de créer et de financer un programme sur quinze ans, appelé ‘Artist Relocation’ (N.D.L.R., Installation d’artistes), destiné à inciter des artistes de tout le pays à venir vivre et créer dans le quartier. »

Afin d’y parvenir, Paducah ne lésine pas sur les moyens. La municipalité achète les propriétés en piteux état, puis les revend aux artistes pour 1 dollar symbolique. Un partenariat est aussi passé avec la banque locale, pour que celle-ci accorde des prêts aux artistes et les aide à rénover les bâtiments. Des prêts qui dépassent parfois de 300 % les rénovations nécessaires.

La première année, seuls deux artistes rejoignent Paducah. Mais dès l’année suivante, ils sont quatorze de plus. Et à l’issue des quinze années du programme, le bilan est des plus positifs : 50 artistes vivent dans la partie basse de la ville, le prix moyen des propriétés atteint plus de 250 000 dollars et la majeure partie des habitants du quartier ne sont pas des artistes mais des nouveaux venus, attirés par l’atmosphère créative des lieux. Depuis le lancement de ‘Artist Relocation’, 30 millions de dollars ont ainsi été investis dans la ville basse par les nouveaux résidants.

Le plus ancien quartier de Paducah a ainsi retrouvé le sourire, tandis que ses vieilles constructions victoriennes et celles en briques rouges sont davantage mises en valeur. Le pari de miser sur les arts pour assurer le développement économique s’est révélé gagnant. « La plupart des propriétés et bâtiments ont atteint le prix maximum du marché de l’immobilier. Certaines constructions ont encore besoin d’être réhabilitées, mais le processus est quasiment achevé. Tout allé au-delà de nos espérances. »

Parallèlement, la ville du Kentucky – connue auparavant pour son mur de 20 kilomètres de long la protégeant des inondations du fleuve – a pu ouvrir le musée national du Quilt (sorte de courtepointe faite de morceaux de tissus) en 1991, financer une fresque peinte historique sur son mur en 1996, puis lancer un centre national artistique en 2004 et participer à la rénovation de l’Hotel Metropolitan, établissement historique de la culture afro-américaine.

Aujourd’hui, seize galeries d’art ont également été ouvertes, tandis que onze autres artistes travaillent dans le secteur. La ville ne cherche donc plus à attirer les créateurs en tous genres, mais Paducah s’est imposé comme un centre culturel majeur sur le plan national. Une étude a d’ailleurs révélé que l’impact annuel des arts sur la vie économique de la ville s’élevait à 40 millions de dollars !

Une réussite qui a incité l’association « Paducah Arts Alliance » à maintenir cette énergie en lançant en 2008 un programme d’artistes en résidence, invitant des créateurs du monde entier à venir entre deux et quatre semaines pour présenter et partager leur savoir faire.

Au-delà de l’aspect économique, la ville est désormais citée en exemple en matière de politique territoriale. La municipalité a ainsi reçu nombre de prix, notamment de la part de l’État, et a même été désignée « Ville créative » par l’UNESCO, en 2013.

Stéphane Cugnier

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