Le palmier, ce symbole hollywoodien menacé de disparition

Le développement d’un champignon mortel pour les palmiers dattiers met en péril l’arbre emblématique de Los Angeles.

Los Angeles. Ses plages, son soleil, ses jolies filles, ses stars de cinéma et ses palmiers. Un décor de carte de postale qui fait rêver les touristes du monde entier. Toutefois, ce cliché hollywoodien a du plomb dans l’aile. La faute à une espèce de champignon dénommé Fusarium oxysporum.

Depuis une vingtaine d’années, celui-ci décime les palmiers de la cité des anges et leur taux de mortalité s’est même dangereusement accéléré au cours des derniers mois. Certes la prolifération d’insectes nuisibles et l’augmentation de la pollution n’arrangent rien à l’affaire, mais le champignon est bel et bien la cause principale de la disparition des palmiers.

« A l’heure actuelle, nous n’avons pas trouvé le moyen de stopper la progression de cette maladie qui touche les arbres », se lamente Leon Borondinsky, en charge de soigner les palmiers pour le compte du service Parks & Recreation de la ville de Los Angeles. « Le problème vient notamment du fait que les palmiers sont des arbres importés et non originaires de la côte Ouest des Etats Unis. Ils sont, par conséquent, plus fragiles dans un environnement qui n’est pas le leur. »

En effet, la passion des Californiens pour les palmiers ne date que de la fin du XIXe siècle. Alors que la ville était en plein essor, de nombreux propriétaires de ranchs, industriels ou commerçants cherchèrent un moyen d’afficher leur statut et leur fortune. Appréciés pour leur majesté et leur taille, les palmiers dattiers observés dans les îles des Canaries devinrent l’obsession des élites de Los Angeles. Ceux-ci furent importés en grandes quantités et replantés dans les riches propriétés.

Un symbole qui fit vite des émules. La municipalité l’adopta à son tour, puis l’utilisa pour la plupart de ses parcs et nouveaux aménagements, notamment en bord de mer. « Les palmiers avaient pour objectif de charmer et d’enchanter les nouveaux venus en ville, ainsi que les visiteurs », explique Norma Springle, historienne de Los Angeles. « Ils ont très vite été utilisés pour décorer tous les sites de la ville. Pour y parvenir, il a fallu les importer du monde entier et les planter rapidement, sans tenir compte des conditions de leur épanouissement. »

Installés le long des rues, des autoroutes et au cœur de toutes les zones urbaines, les palmiers ont poussé tant bien que mal, avant de commencer à donner des signes de fatigue au cours des années 50 et 60. « La santé des palmiers s’est vite dégradée avec le développement de la ville, mais surtout avec l’explosion de la circulation automobile », poursuit Leon Borondinsky. « De par leur nature, les palmiers s’apparentent davantage à l’herbe qu’aux arbres, puisqu’ils ne filtrent pas le CO2 et ne combattent pas la pollution. En milieu urbain, ils étouffent peu à peu. »

Afin de faire face à cette santé chancelante des palmiers dattiers, la municipalité décida alors… d’en planter encore plus ! « Dans certaines zones, comme aux abords du stade de baseball des Los Angeles Dodgers, deux rangs de palmiers furent installés, afin de masquer visuellement la disparition de certains d’entre eux », souligne Norma Springle.

Une politique totalement folle, mais devenue nécessaire du fait de l’image que la ville avait voulu se créer. « Au cœur de l’âge d’or du cinéma et de la puissance des grands studios, l’industrie du film utilisa et usa de l’image des palmiers comme le symbole de Los Angeles, désormais reconnu dans le monde entier. Hollywood parvint à créer un lien – fascinant pour le public – entre glamour, célébrités, sexe, richesse, extravagance et palmiers. Un véritable piège écologique… ».

Mais également un piège financier. Un palmier dattier d’âge adulte peut se négocier jusqu’à 20000 dollars selon son origine. De quoi plomber les finances municipales. Et l’apparition, à la fin des années 80, du Fusarium oxysporum, obligea la ville à acquérir plus de nouveaux palmiers chaque année.

La rapide prolifération du champignon mortel a toutefois contraint les autorités à changer leur fusil d’épaule. Depuis cinq ans, de jeunes pousses de palmiers venues du Chili, à 50 dollars pièce, sont plantées entre les palmiers adultes mourants. Une solution qui pourrait se révéler efficace à long terme, mais pour l’heure ces pousses peinent à dépasser un mètre, changeant toute la perspective hollywoodienne.

Parallèlement, les horticulteurs de la ville réfléchissent à d’autres solutions, pragmatiques et en accord avec l’environnement. Davantage d’espèces de plantes et d’essences d’arbres locales sont utilisées. Celles-ci, comme le chêne, présentent l’avantage d’être adaptées au climat, de n’avoir besoin que de très peu d’eau, et surtout d’offrir plus d’ombrage. Jugé grossier mais originaire du Sud Ouest des Etats Unis, le palmier à jupon commence aussi à revenir en grâce.

Le palmier dattier, quant à lui, devrait progressivement tirer sa révérence. Au début des années 90, la municipalité en avait recensé 75000 à travers la ville, un nombre qui a « considérablement baissé sans que l’on puisse exactement chiffrer les pertes », indique Leon Borondinsky.

Déjà fragilisé par le Fusarium oxysporum, le palmier doit en outre faire face au charançon rouge venu d’Amérique du Sud. Apparu pour la première fois en 2011 à San Diego, ce coléoptère nuisible remonte vers le Nord de la Californie et complète le travail de sape entamé à Los Angeles par le champignon.

Si les horticulteurs municipaux estiment que le palmier dattier ne devrait pas disparaître de sitôt et possède encore au moins un demi-siècle de présence devant lui, ses jours sont bel et bien comptés. Hollywood va par conséquent devoir trouver un nouveau symbole.

Stéphane Cugnier

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