Colma, la cité des morts de San Francisco

Seule nécropole des Etats Unis, la petite ville de Colma, au Sud de San Francisco, ne compte que 1800 habitants pour vingt-six cimetières et près de deux millions de tombes !

Circuler dans la ville de Colma (quinze kilomètres au Sud de la baie de San Francisco) est assez surréaliste. Une tombe, un mausolée ou une statue funéraire surgissent devant vos yeux, quel que soit l’endroit où se porte votre regard.

Colma n’est en effet pas une commune comme les autres. Surnommée « The City of Souls » (NDLR, la cité des âmes), celle-ci n’est autre que la seule nécropole existant aux Etats Unis. Sur un territoire d’un peu moins de 5 km2, ce ne sont pas moins de deux millions de personnes qui y ont établi leur dernière demeure.

Parmi eux, plusieurs noms célèbres, comme celui de l’ancien joueur de baseball et bref époux de Marilyn Monroe, Joe DiMaggio, ou encore celui du magnat de la presse Randolph Hearst, mais aussi Levi Strauss, l’inventeur du blue-jeans, ainsi que Wyatt Earp, rendu célèbre pour la fameuse fusillade à O.K. Corral.

Au total, ce ne sont pas moins de vingt-six cimetières qui occupent 73% du territoire municipal, dont un cimetière réservé à la communauté japonaise, très présente dans la région depuis deux siècles, mais aussi d’autres pour les communautés juive, grecque orthodoxe, italienne ou serbe. A ceux-ci s’ajoute un cimetière pour les animaux de compagnie, dans lequel reposent aussi bien des chiens et chats que des serpents, des iguanes et un même un guépard… La chanteuse Tina Turner y fit même enterrer son chien, enveloppé dans l’un de ses manteaux de fourrure !

Mais pour quelle raison Colma est-elle devenue cette ville où le rapport entre vivants et morts dépasse 1 pour 1000 ?

Pour le comprendre, il faut remonter à la fin du XIXe siècle. « Aux alentours de 1880, San Francisco était devenue une ville si populaire du fait de l’immigration dûe à la ruée vers l’or, que le prix des terrains est monté en flèche », explique Michael Svanevik, professeur à l’université de San Mateo et auteur d’un livre sur les cimetières de la région. « Cette situation a découragé la municipalité et les entrepreneurs privés de construire de nouveaux cimetières. Puis en 1900, tout nouvel enterrement a été purement interdit, avant qu’en 1937 les cimetières ne soient déclarés illégaux dans les limites de la ville ».

Dès le départ, plusieurs investisseurs flairèrent la bonne affaire et se mirent à prospecter dans la région, afin de créer quelques cimetières privés. Parmi eux, un dénommé Hamden Noble décidé de jeter son dévolu sur un village auparavant dédié à la plantation de choux et à l’élevage de cochons, à savoir Lawndale (rebaptisé Colma en 1941). En 1892, le cimetière de Cypress Lawn Memorial Park fut le premier à accueillir les défunts de la métropole voisine.

« Le rythme s’est accéléré lorsque San Francisco a décidé à partir de 1912 de relocaliser les sépultures qui se trouvaient dans les limites de la ville », poursuit Svanevik. « Des milliers de tombes ont été déplacées à Colma. De 1920 à 1941, il est estimé que près de 150 000 corps ont ainsi été ‘déménagés’. Afin de les protéger de nouvelles décisions politiques entraînant d’éventuels futurs déplacements, la commune, dans ses statuts municipaux, s’est officiellement déclarée ‘nécropole’ en 1924. »

Au nombre de ces déplacés figurent les noms d’Andrew Hallidie, le millionnaire fondateur du tramway de San Francisco, mais aussi le sénateur David Broderick, décédé lors d’un duel en 1859.

Belle affaire financière, Colma fut compensée financièrement pour chaque tombe déplacée, un principe qui subsiste aujourd’hui. « Ce déménagement des cimetières ne s’est pas fait sans quelques grincements de dents. Nombre de familles de défunts n’ont pu être contactées, et ceux-ci sont aujourd’hui regroupés dans des cryptes souterraines. L’une d’elles contient les restes de près de 35 000 personnes ! »

Sans surprise, Colma vit du commerce funéraire. La plupart des habitants travaille d’ailleurs dans l’entretien des cimetières, les magasins de pompes funèbres ou les marbreries. Et même si les cimetières ne s’étendent plus aussi rapidement qu’avant du fait de l’augmentation des crémations –les urnes sont regroupées en des vastes temples œcuméniques -, les entreprises de la ville recrutent sans cesse.

« Les enterrements aujourd’hui ont toutefois perdu de leur superbe », conclut Michael Svanevik. « Autrefois, les tombes devaient véritablement constituer ‘la dernière demeure’ et souligner l’importance que vous aviez de votre vivant. De nos jours, les gens recherchent l’anonymat et l’oubli ».

Symbole de cette exubérance du passé, le mausolée de la famille James Clair Flood, qui fit fortune dans les mines d’argent du Nevada, bat à lui seul tous les records. Bâti en marbre et encadré par 28 colonnes de granit, il fut élevé à la fin du XIXe siècle pour la somme de 125 000 dollars, ce qui, au taux actuel, avoisine les 10 millions de dollars !

Autre folie, celle de Harry « the Horse » Flamburis, chef des motards Hells Angels du Nord de la Californie. Retrouvé assassiné par balles en 1977, les mains et la bouche attachés à l’aide de scotch industriel, il fut enterré après avoir été accompagné par une procession de motards. Et quelques mois plus tard, sa moto fut ensevelie avec lui. Lorsque son chien décéda à son tour, il fut quant à lui inhumé dans le cimetière des animaux de Colma, avec… sa mini-moto !

Stéphane Cugnier

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