Brushy Mountain, le pénitencier de l’enfer

Fermé depuis dix ans en raison de conditions sanitaires épouvantables, le pénitencier de Brushy Mountain est désormais ouvert aux visiteurs. Célèbre pour y avoir accueilli James Earl Ray, le meurtier de Martin Luther King, il fut aussi l’un des établissements les plus violents et sanglants des Etats Unis.

Chaque année à la fin du mois de mars, une quarantaine d’ultrarunners se retrouvent dans le parc de Frozen Head (Tennessee), afin de participer à la Barkley Marathons, une course infernale inspirée par la cavale de James Earl Ray, l’homme qui assassina Martin Luther King le 4 avril 1968 à Memphis.

Le 10 juin 1977, avec la complicité de ses camarades co-détenus, Ray s’échappa de la prison de Brushy Mountain et fila directement dans les montagnes alentours, tentant de se frayer un chemin à travers les rocailles et l’épaisse forêt. Trois jours plus tard, affamé, assoiffé et incapable de s’orienter, le fugitif se laissa capturer.

Plus tard, James Earl Ray clama que ces trois journées à se perdre dans la nature étaient toujours préférables à l’enfer de son quotidien carcéral.

Le pénitencier de Brushy Mountain représentait en effet le pire endroit des Etats Unis où un condamné pouvait être appelé à purger sa peine. Coincée au creux de deux hautes collines battues par les vents et l’humidité, au cœur du comté de Morgan, la prison avait été bâtie en 1896. « A l’origine, tout avait été construit en bois », raconte Michelle Johnson, en charge de la conservation des lieux. « Mais un incendie a tout détruit et l’ensemble a été reconstruit en pierre au début des années 1930 ».

Incarcérés dans de minuscules cellules ou parfois par dortoirs de quatre, les détenus étaient fréquemment battus par les gardiens, pour le moindre prétexte. La plupart des prisonniers était en outre employée dans les mines de charbon de la région. « Dans les cellules de quatre, deux hommes allaient travailler douze heures dans les mines, avant d’être remplacés par les deux autres pour les douze heures suivantes. Seul le dimanche était consacré au repos. »

Entre violence des surveillants et dur labeur, les condamnés multipliaient également les bagarres et règlements de comptes. « Il y avait vraiment des hommes diaboliques sur place. Des meurtriers récidivistes, qui se trouvaient parfois au contact d’adolescents pauvres, dont le seul tort avait été de voler un morceau de pain pour survivre. Ceux-ci étaient les premières victimes, à la fois du système judiciaire, mais aussi de leur co-détenus. »

En dépit de la surveillance permanente des gardiens, de la menace de se retrouver à l’isolement avec une heure de promenade en cage, voire même d’être enfermés dans le noir au sous-sol dans « le trou », les détenus ne cessaient de tenter de détourner le système. « Ces hommes étaient inventifs lorsqu’il s’agissait d’améliorer leur quotidien ou de tenter de s’évader. Ils savaient réaliser des armes tranchantes à partir de n’importe quoi. L’un d’eux avait même réussi à fabriquer un revolver ! Et que dire de la drogue qui circulait dans les pages des bibles… »

Toutefois, malheur à eux s’ils se faisaient prendre. Sévèrement corrigés, certains mourraient sous les coups. Les gardiens sortaient alors le lit et le corps du détenu en question, et les laissaient exposés à la vue de tous au milieu du terrain de basket-ball dans la cour de promenade.

« Lorsque la prison a fermé ses portes en 2009, il était estimé qu’environ 200 à 300 détenus étaient morts lors de leur séjour à Brushy Mountain, puis avaient été enterrés dans le petit cimetière à proximité. Mais lorsque les étudiants de l’université du Tennessee sont venus effectuer des recherches et sonder les sols quelques années plus tard, ils ont indiqué que plus de mille corps s’y trouvaient ! »

Un macabre décompte auquel s’ajoute les prisonniers décédés lors des éboulements de mines et que l’institution pénitentiaire ne chercha pas à récupérer les corps.

Lassés de ce climat de violence, les détenus se rebellèrent parfois. Un gardien particulièrement haineux fut ainsi attrapé par plusieurs d’entre eux, puis décapité. Les prisonniers ne rendirent que le corps à la famille, exigeant de meilleures conditions avant de rendre la tête. Une mutinerie éclata aussi en 1972, mais Brushy Mountain resta le lieu de tous les enfers.

Insalubre depuis le début des années 1980, elle fut maintenue en service au cours des trente années qui suivirent. « Les détenus devaient souvent boucher les murs avec leurs drapes pour éviter les courants d’air. Les canalisations d’eau étaient souvent pourries et percées, et cela entraînait des maladies ».

Finalement, les prisonniers furent transférés à Nashville en 2009. James Earl Ray n’eut pas cette chance. Alors qu’il était devenu un détenu modèle, il fut poignardé par quatre hommes en 1981. Sauvé de justesse, il fut victime d’une transfusion de sang contaminé en décéda d’une hépatite en 1998.

Son évasion ratée aura cependant eut pour effet de mettre la prison en lumière. Mais aussi d’inspirer la culture populaire. Son égarement en forêt fut à l’origine de l’idée du film « Le projet Blair Witch », tandis que Brushy Mountain Penitentiary est cité dans le livre « Le Silence des Agneaux ».

Stéphane Cugnier

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