Le Blues du lundi fait vibrer le Mississippi

Nul autre État du sud des États-Unis n’est aussi lié au son du Blues que le Mississippi. La région possède une foule de lieux emblématiques, mais à Jackson, le restaurant Hal & Mal’s se charge d’entretenir et de transmettre la flamme musicale.

BB King, Muddy Waters, John Lee Hooker, Robert Johnson ou encore Ike Turner, Bo Diddley, Howlin Wolf, voire même Elvis Presley, tous ont en commun d’avoir vu le jour dans l’État du Mississippi. Une région des États-Unis marquée par les affres de la colonisation, l’esclavage, la culture du coton et la guerre de Sécession, et dont le territoire s’étire du golfe du Mexique au sud jusqu’à la banlieue de Memphis au nord, bordée à l’ouest par le fleuve du même nom.

De son passé troublé, de ses douleurs et de ses multiples influences ethniques, y est née une musique devenue le socle de tous les genres musicaux actuels : le blues. Si de l’Alabama au Texas, en passant par le Tennessee, La Louisiane ou le Missouri, de nombreux États revendiquent leurs liens avec ce son, celui-ci est pourtant ancré dans le Mississippi. Celui-ci regorge d’anecdotes et de légendes autour de cette musique, à commencer par la ville de Clarksdale où le guitariste Robert Johnson aurait soi-disant vendu son âme au diable au début des années 1930 afin de devenir un musicien de talent. C’est aussi dans cette ville que mourut subitement Bessie Smith, l’une des chanteuses les plus populaires du genre, en 1937. La cité accueille d’ailleurs le musée du Blues depuis 1999.

L’État a par ailleurs mis en place depuis une dizaine d’années un circuit baptisé le « Mississippi Blues Trail ». Celui-ci propose de découvrir les lieux emblématiques liés à l’émergence de cette musique, qu’il s’agisse des premiers clubs où les artistes se produisaient, des studios où les premiers disques furent gravés ou des lieux où naquirent ou vécurent les musiciens les plus célèbres. Chaque site est accompagné d’un « marqueur », à savoir un panneau explicatif sur l’histoire des lieux. Toutefois, loin de se limiter à l’État, le « Blues Trail » possède des « marqueurs » dans plusieurs autres régions du pays, notamment en Floride ou en Californie, et même en Norvège et en France, à Cahors.

Si ce circuit historique permet de revenir aux origines des premières notes de musique, nombre d’établissements du Mississippi se chargent d’entretenir la passion du Blues. Que ce soit à Tupelo, au club du « Blue Canoe », chez « Smoot’s Grocery » à Natchez, ou au « Club Ebony » à Indianola, les artistes trouvent une scène pour s’exprimer.

À Jackson, la capitale de l’État, un restaurant va toutefois plus loin. Chaque lundi, « Hal & Mal’s », situé depuis 1985 dans un ancien dépôt ferroviaire, ouvre ses portes à la « Central Mississippi Blues Society » (CMBS), une organisation s’étant fixé pour objectif de promouvoir les talents et la musique. « La scène Blues est très riche, mais les artistes qui la composent ne passent pas à la radio ou à la télévision », indique Malcolm Sheperd, membre de la CMBS. « Jouer en public est le seul moyen de se faire connaître et par la même occasion de véhiculer le Blues. C’est un effort collectif et nous faisons notre possible pour maintenir cet intérêt ».

Depuis 2008, les musiciens se présentent tous les lundis et doivent s’inscrire sur une liste, puis attendre que leur nom soit appelé, pour avoir le droit de se retrouver face aux spectateurs. « Ils viennent avec leur répertoire, mais ils doivent aussi jouer avec d’autres musiciens qu’ils ne connaissent pas et s’adapter rapidement. Et ils doivent être en mesure par la suite de répondre aux demandes du public. »

Les artistes passent ainsi un vrai test, d’autant qu’ils sont filmés par la CMBS, puisque celle-ci choisit, en fin d’année, les meilleurs d’entre eux pour aller la représenter lors de l’International Blues Challenge (IBC) à Memphis (Tennessee). « Nous mettons la barre assez haute, mais de cette manière les musiciens qui décident de tenter leur chance sont ceux qui ont beaucoup travaillé, répété, et c’est un gage de qualité. Toutefois, s’ils ne sont pas à la hauteur, le public ne pardonne pas ! »

Un public qui paye par ailleurs un droit d’entrée de 5 dollars, pour la bonne cause. « Cet argent sert à financer des programmes musicaux autour du Blues dans les écoles de la région. Nous incitons les élèves à devenir musiciens et à explorer les voies musicales qui ont forgé le Mississippi ».

Une initiative qui porte déjà ses fruits auprès des plus jeunes, mais qui incite aussi les artistes venus de tous les États du Sud à venir se produire chaque lundi chez « Hal & Mal’s ».

 

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