Le Mississippi, entre colons français, esclavage, coton et guerre de sécession

L’État du Mississippi est profondément lié à l’histoire de la colonisation et au développement économique des États-Unis. Région stratégique, elle fut marquée par l’esclavage, les plantations et la violence de la guerre civile.

Que l’on s’intéresse ou non aux États-Unis, le Mississippi fait partie de l’inconscient des Français, que ce soit au travers des aventures de Tom Sawyer et Huckleberry Finn, de la circulation des fameux bateaux à aubes ou de la proximité de la Louisiane, terre marquée par l’héritage de la France.

Ce sont d’ailleurs les soldats de Louis XIV, sous la direction de l’explorateur Pierre Le Moyne d’Iberville, qui établirent le premier camp européen, en 1699, dans le golfe du Mexique. Baptisée Fort Maurepas (aujourd’hui situé dans la ville d’Ocean Springs), cette première base permit aux colons de remonter ensuite le fleuve Mississippi pour commercer avec les tribus amérindiennes, puis fonder Fort Rosalie en 1716, plus au Nord, lequel deviendra la ville de Natchez.

Ces terres, nommées Nouvelle France, furent bientôt l’enjeu de conflits avec les troupes espagnoles, puis anglaises, jusqu’à leur perte en 1763, à l’issue de la guerre de sept ans. Une lutte acharnée entre les Européens, révélant l’importance de cette région, le long du fleuve Mississippi, voie essentielle pour le commerce et l’économie de l’ensemble du pays.

Dès les premières heures de la colonisation, le secteur fut marqué par les douleurs et les tragédies. En dépit de leurs bonnes relations basées sur les échanges de fourrures et denrées alimentaires, Français et Amérindiens se livrèrent quelques batailles sanglantes, avant que les maladies ne déciment les tribus.

Dans le même temps, avec l’arrivée des colons débutèrent le temps des plantations et la mise en place d’un esclavage extrêmement actif et cruel. Natchez témoigne d’ailleurs de ce commerce. Le marché de « Fork of the road », où fers et chaînes scellés au sol sont encore visibles, fut l’un des plus actifs du pays, afin d’alimenter les champs de coton de la région.

La sueur et le sang des esclaves venus d’Afrique firent la fortune de nombreuses familles. En son temps, Natchez était la quatrième ville la plus riche du pays et comptait plus de 500 millionnaires. De cette époque, d’immenses propriétés subsistent encore (devenues pour la plupart des bed & breakfast) et peuvent être visitées, à l’image de Stanton Hall, Choctaw Hall, Linden, Dunleith ou Longwood, une formidable demeure octogonale jamais achevée. Certains esclaves « libérés » connurent aussi d’incroyables destins, comme en témoigne William Johnson, devenu entrepreneur à succès et… propriétaire d’esclaves.

Pour découvrir au mieux l’histoire de cette ville surplombant le fleuve Mississippi, le bus « Hop on Hop off » offre une visite guidée fascinante. Laquelle peut être suivie par une soirée dans le saloon « Under the Hill », ouvert depuis plus de 300 ans. À quelques kilomètres de Natchez, la propriété Frogmore offre quant à elle la visite d’une plantation de coton, toujours active.

Champ de bataille à Vicksburg

Une heure et demie plus au Nord de l’État, toujours sur les rives du fleuve Mississippi, Vicksburg offre une atmosphère similaire à celle de Natchez, avec de superbes demeures coloniales telles que Duff Green Mansion ou Anchuca, mais la ville est surtout réputée pour son « Military Park ». Celui-ci couvre en effet le site où se produisit l’une des batailles les plus décisives de la guerre de Sécession.

En 1863, victorieuse de plusieurs combats majeurs en Louisiane et au Mississippi, l’armée nordiste du général Ulysses S. Grant (futur président des États-Unis) cherche à obtenir le contrôle total du fleuve. Seule la cité de Vicksburg, aux mains des confédérés du lieutenant-général John C. Pemberton résiste encore. En dépit d’une nette supériorité numérique (77 000 soldats contre 33 000), l’armée de Grant ne parvient pas à déloger les Sudistes et décide d’assiéger la ville. Sans approvisionnement et sous une chaleur écrasante, les confédérés résistent du 18 mai au 4 juillet, avant de se rendre.

La visite du parc militaire offre une vision impressionnante de la difficulté du terrain et de la dureté des conditions de vie des soldats des deux camps lors des combats, lesquels se déroulèrent aussi sur le fleuve où les premiers navires armés furent utilisés, comme l’USS Cairo, dont l’incendie et le naufrage en décembre 1862 constituèrent un revers majeur pour l’armée du Nord.

Pour mieux saisir cette histoire, un tour de la ville – où eut lieu la première mise en bouteille de coca-cola en 1894 – est proposé par le Vicksburg Heritage Walking Trails, et pour les plus hardis, une escapade en canoë (de quelques heures ou plusieurs jours avec campement sur les îlots) sur le fleuve Mississippi, à partir de la Yazoo River, est possible.

La découverte de l’histoire du Mississippi ne peut se terminer sans un arrêt dans la capitale de l’État, Jackson, où se situent deux musées incontournables, le Museum of Mississippi History et le Mississippi Civil Rights Museum. Le premier retrace en détail l’histoire de la région, depuis la vie paisible des tribus amérindiennes jusqu’à l’arrivée des Européens et la colonisation, avec d’extraordinaires archives et pièces historiques. Le second constitue une plongée terrifiante dans l’univers de l’esclavage, de la ségrégation, avant la naissance du mouvement d’émancipation de la population afro-américaine.

Stéphane Cugnier

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